Hors série #3 – Hypersensibilité & parentalité – Discussion avec Élodie Crépel.

INTERVENANTS : CÉDRIC → Créateur de Papatriarcat

ÉLODIE CRÉPEL → Invitée

CÉDRIC : Bonjour chèr.es auditeurs/ices, merci d’être là, merci pour le soutien. N’hésitez pas à vous abonner, à laisser un commentaire ou à laisser 5 étoiles dès que c’est possible. Cela aide déjà beaucoup le projet. Vous pouvez aussi, si vous le souhaitez, faire un don dans le lien disponible en description du podcast. Pour toute demande d’accompagnement personnel, vous pouvez aussi maintenant me retrouver sur mon site internet : http://www.cedricrostein.com, que ce soit pour des séances individuelles, ou des ateliers en groupe. Le lien est en description du podcast. Merci, et à bientôt.

00:00 Générique

00:40 CÉDRIC : Bienvenue sur Papatriarcat, le podcast qui réfléchit à la parentalité au XXIe siècle pour l’affranchir du modèle patriarcal.

00:51 INTRODUCTION

CÉDRIC : Dans cet épisode, je reçois Élodie Crépel. Élodie est spécialisée dans l’accompagnement des personnes hypersensibles et à haut potentiel. Elle aussi fondé avec son mari la maison d’édition « Ailes et Graines », qui a tout un tas de chouettes livres à son actif, notamment les ouvrages de Fanny Vella, les ouvrages de Stéphanie et ceux bien évidemment d’elle-même sur le sujet de l’hypersensibilité, la lutte contre les discriminations et les différentes violences, notamment les violences éducatives ordinaires. Dans cette discussion avec Élodie, vous allez nous entendre échanger sur le sujet de l’hypersensibilité et de la parentalité, un sujet que je ne connais pas, que je ne maîtrise pas. Vous allez pouvoir assister à ma découverte de ce sujet avec Élodie, par rapport aux interrogations que je pourrais avoir dessus. Et je vous souhaite une très bonne écoute.

01:37 CÉDRIC : Bonjour Élodie

01:37 ÉLODIE : Coucou !

01:40 CÉDRIC : [rires] Je suis ravi de te recevoir dans ce petit épisode hors série spécial sur l’hypersensibilité. C’est un sujet que je ne maîtrise pas, en fait, et qui m’intéresse particulièrement, notamment sur le domaine de la parentalité. Alors toi tu accompagnes des personnes hypersensibles dans leur parcours de vie, donc avec ton expérience à toi ; comment vit-on sa parentalité quand on est hypersensible ?

02:04 ÉLODIE : Alors déjà, je voulais te remercier pour ce podcast, parce que je suis très flattée que tu me l’aies proposé. Donc merci beaucoup.

02:11 CÉDRIC : Avec plaisir.

02:11 ÉLODIE : Alors, l’hypersensibilité et la parentalité. D’abord, il faut que je fasse une petite parenthèse sur ce qu’est l’hypersensibilité, parce que peut-être que les gens qui vont écouter ce podcast n’en ont aucune idée. Il y a deux choses essentielles pour se dire hypersensible : il y a une hyperémotivité, déjà. Donc les émotions, comment c’est ? Eh bien c’est chez tout le monde pareil, sauf si l’on est vraiment hyposensible ou dans la case des « sociopathes ». Alors je mets cela entre guillemets, parce que souvent on a l’image d’un sociopathe comme dans les séries, mais ce n’est pas du tout ça. Tous les sociopathes ne veulent pas tuer tout le monde, ou pas du tout [rires]. Ils vont ressentir beaucoup moins les émotions, on va dire ça comme ça. Mais sinon, tout le monde ressent des émotions à longueur de journée, et c’est normal, et c’est fait un petit peu en dents de scie ; en haut, en bas, en haut, en bas. Chez les hypersensibles, on est plutôt sur du grand 8, en fait. C’est-à-dire que les hauts sont très très hauts, et les bas sont très très bas. Et ça peut aller très vite. C’est pour ça que pendant des années notamment, on a diagnostiqué –  et là le terme est bon, parce que je rappelle que l’hypersensibilité n’est pas une maladie – l’hypersensibilité comme de la bipolarité et ça n’a absolument rien à voir. Et c’est le cas encore aujourd’hui, malheureusement (même j’ai la sensation qu’il y a quand même beaucoup moins de témoignages et que ça tend à disparaître). Sachant que l’on peut être hypersensible et bipolaire, bipolaire sans être hypersensible, enfin bon, ce sont vraiment deux choses différentes. Donc, du coup, il y a cette hyperémotivité, mais il y a aussi des hyperesthésies, c’est-à-dire que tu as l’un de tes sens qui est au-dessus de la moyenne. Donc, tu vas ressentir plus les choses, que cela soit ton odorat, le goût, l’ouïe, la vue ou le toucher. Donc concernant ton hyperesthésie, par exemple kinesthésie, je donne un exemple qui parle souvent ; c’est cette fameuse étiquette qui gratte. Et que l’on peut retrouver chez les bébés. C’est pour ça que l’on parle d’hypersensibilité dès la naissance. Parce que par exemple, il y a certains bébés qui vont être très très très gênés par cette petite étiquette ou parce qu’ils ont la couche mouillée, par exemple. Alors que pour d’autres bébés, aucun souci. Ça peut être aussi les bruits, et là ça va, hop, enchaîner avec ta question sur la parentalité, parce que la première chose que l’on entend souvent chez les parents hypersensibles c’est « Je n’en peux plus du bruit ». Parce que c’est un fait, nos bébés pleurent, crient, les enfants eh bien ils s’expriment de façon très bruyante, parfois. Tant dans les pleurs que dans les rires. Et ça, ça peut gêner énormément le parent hypersensible, surtout s’il a une hyperesthésie acoustique. C’est-à-dire que vraiment, le son peut être un bruit. Et donc forcément, il faut s’imaginer la journée ; c’est comme s’il était, je ne sais pas, en plein concert de métal avec deux baffles de chaque côté des oreilles [rires]. Ça fatigue énormément [rires], voilà. Et, quand on est hypersensible, ça ne veut pas dire qu’on a les 5 sens qui sont en hyperesthésie, on peut en avoir qu’un seul. Et puis ça peut changer. Moi, pour donner un exemple plus personnel, c’est très visuel. C’est-à-dire que j’ai besoin, et j’ai découvert le minimalisme il y a deux ans, donc on est devenus minimalistes, et en fait, je ne me rendais pas compte à quel point avoir du désordre, ou en tout cas des objets autour de moi, eh bien, impactait mon état et mon humeur. C’est-à-dire que je me sentais écrasée sans savoir le « pourquoi » parce qu’en fait, on est tout le temps visuellement sollicités. On est dans une société de sollicitation visuelle, que tu ailles dehors, ou maintenant sur les écrans, par exemple la publicité. On n’a jamais été autant sollicités visuellement, tu vois ?

05:43 CÉDRIC : Hmm, complètement.

05:43 ÉLODIE : Et si en plus chez moi j’ai plein de choses, eh bien en fait, ça m’oppresse. Ça, je ne le savais pas, puis en fait, je suis devenue minimaliste et je me suis rendu compte que j’avais une hyperesthésie visuelle que je ne réalisais pas. Donc parfois tu vois, les gens sont peut-être hypersensibles, mais ne sont pas au courant. Et je pense que c’est important dans la parentalité de se découvrir hypersensible. Parce que, quand on comprend quelque chose de soi-même, eh bien déjà, ça donne différentes clés, ce n’est pas le but d’enfermer dans une case avec une étiquette parce que j’entends souvent cette critique en disant « ce n’est qu’une étiquette », j’ai envie de dire que déjà d’une part, une étiquette ça se colle et ça se décolle, donc, ce n’est pas très grave, mais en plus de ça, des étiquettes de toute façon on en a tous et toutes. Je veux dire, depuis notre plus tendre enfance, on nous en colle partout, tu vois ? Donc autant choisir l’étiquette qui t’est le plus confortable, parce que si c’est toi qui te la colles, tu sauras la décoller quand tu n’en auras plus besoin. Donc, ce n’est pas un mal, pour moi. Et puis en plus ça peut te donner des outils essentiels ; c’est-à-dire que vraiment, te dire que « Ok je suis hypersensible, ah mais c’est pour ça que je réagis comme ça, ah mais alors si je réagis comme ça, peut-être que je peux faire autrement ? Et comment puis-je faire autrement, dans ma parentalité ? » Surtout qu’en général les chiens ne font pas des chats, quand il y a un parent hypersensible, l’enfant l’est probablement, et vice versa.

06:57 CÉDRIC : Et c’est parfait de le savoir, parce que c’est important de pouvoir se comprendre. J’aime beaucoup ton image de l’étiquette qu’on peut se coller car comme ça on peut la décoller. C’est très important en effet de s’en rendre compte. C’est vachement intéressant. Ce que je comprends c’est que, pour le coup, avec l’hyperesthésie t’as une espèce de surcharge c’est ça ?

07:17 ÉLODIE : Totalement. C’est-à-dire que ça peut être la vue par exemple, je pense notamment à quand tu travailles avec les écrans ou avec un néon dans ton bureau par exemple. Ce sont des choses qui, en fait, vont te fatiguer. Tu ne vas pas t’en rendre compte, parce que ce qui est intéressant, c’est que… Moi j’aime bien justement relier l’hyperesthésie aux émotions. À un moment donné, la personne s’agace. Pourquoi elle s’agace ? Pourquoi en fin de journée elle va perdre davantage patience ? Pourquoi elle va être plus tendue, sur la défensive ? Il faut savoir qu’avant une émotion il y a un ressenti. Mais, comme nous sommes des êtres un peu plus intellectuels, en tant qu’êtres humains, eh bien nous sommes moins connectés à nos ressentis, alors que des ressentis corporels, on en a tout le temps. Alors bien évidemment, tu vas me dire « On ne peut pas toujours être connectés à nos ressentis corporels parce qu’on ne pourrait pas faire nos tâches au quotidien », [rires] tu vois ? Mais, ce sont des signes. Par exemple, j’ai les yeux qui commencent à piquer, à brûler, alors je ne peux pas m’arrêter forcément de travailler, mais ça veut peut-être dire que là si j’avais été attentive à ça…Donc je vais faire une pause, je vais éteindre mon écran, je vais sortir à la lumière du jour et non pas à un éclairage électrique et peut-être que ça ira mieux. Sauf qu’en général, on ne fait pas attention à ça. Et au fur et à mesure on fatigue, on fatigue, on fatigue puis en fait, on se tend physiquement, mais on ne fait toujours pas attention à ça. Et puis après on n’est pas bien, on commence à tout prendre mal, alors du coup on va se dire « Je suis susceptible », etc. Ça va être un cercle vicieux : « Mais pourquoi je suis comme ça ? », on va culpabiliser. En plus, l’hypersensible va sentir quand il agace les autres parce qu’il a comme des antennes qui captent les émotions des uns et des autres, donc il va se dire « Voilà, ça y est, on ne m’aime pas comme je suis, ça ne va pas, j’ai un problème, c’est moi qui ai un problème, etc. ». Et tout cela va générer un cercle vicieux immense, et il va finir sa journée sur les rotules en disant « Eh bien voilà, j’ai passé une mauvaise journée ». Alors que s’il faut, s’il avait écouté ses petits ressentis au départ, parce qu’il avait une meilleure connaissance de lui, eh bien il aurait pu éviter tout ça. Et dans la parentalité c’est pareil.

09:13 CÉDRIC : Mais oui. J’ai vraiment l’impression, dans ce que tu dis, que pour le coup avoir conscience de ses perceptions sensorielles, c’est essentiel.

09:19 ÉLODIE : En tant qu’hypersensible, encore plus, c’est une évidence. Il y a un roman de Saverio Tomasella qui s’appelle « À fleur de peau ». Je trouve que ça correspond assez bien. Par exemple l’hyperesthésie kinesthésique, moi j’ai beaucoup de mal, si on m’effleure, les massages, etc. Donc aller voir un kiné ou un ostéopathe c’est l’horreur pour moi, surtout s’il ne fait pas attention à tout ça, tu vois ? Mais je ne suis pas la seule. Et ça, c’est hyper important de le savoir. Parce que si on ne le sait pas, on se dit qu’on n’est pas normal. Alors ça déjà, ça génère moralement une enclume sur soi [rires], le poids du « On n’est pas normal ». Alors là, je te renvoie à Todd Rose qui a écrit un livre incroyable : « La tyrannie de la norme », parce qu’il remet tout en question par rapport à ça, vraiment. Et donc, il n’y a pas de « normal » ou « pas normal », mais on a beau le savoir, ça n’empêche pas que. Parce que depuis tout petit, on a bien compris qu’il y avait une normalité. Et la normalité, c’est la majorité. Et effectivement, il y a entre 20 et 30 % d’hypersensibles, selon les études, donc ce n’est pas la majorité, mais c’est quand même une bonne partie de la population.

10:25 CÉDRIC : C’est conséquent quand même.

10:26 ÉLODIE : [rires] On n’est pas juste 1 ou 2 % quand même.

10:31 CÉDRIC : Tu vois je n’aurais pas dit.

10:31 ÉLODIE : Mais parce qu’on est beaucoup dans le blocage et dans la gestion émotionnelle – ce terme de « gestion émotionnelle », je l’ai en horreur, même si je sais bien que c’est un type de langage – mais c’est vrai qu’on est beaucoup à se dire « Il faut que je gère mes émotions, il faut que je les canalise », parce que sinon, on a cette sensation – et alors c’est ça qui est très intéressant par rapport à ton podcast – tu sais, que l’on agit comme un enfant. Mais qu’est-ce que ça veut dire « Réagir comme un enfant » ? Parce que c’est comme si c’était négatif. Donc tu vois, ça doit te parler cette image là. Et d’ailleurs tous les termes sont dans l’infantilisation. Et même ce terme-là, « infantiliser », je pense qu’on peut se réinterroger là-dessus. Est-ce que c’est mal d’infantiliser ou c’est parce que justement on fait de l’adultisme, que du coup on voit l’infantilisation ? Tu vois ce que je veux dire ?

11:17 CÉDRIC : Complètement. Je vois exactement ce que tu veux dire, et c’est ça qui est justement intéressant, c’est que d’un côté on a cette espèce de vision de l’enfant dont il faut absolument sortir et s’éloigner, alors que justement dans cette enfance on a cette connexion aux émotions et aussi, quelque chose que j’ai déjà dit dans mes épisodes, d’être ici et maintenant, beaucoup plus que quand on est adulte. Et il faudrait peut-être que l’on s’en inspire au lieu de vouloir le repousser.

11:43 ÉLODIE : Totalement. Après, il y a la théorie et la pratique. Et je crois qu’il ne faut pas vivre dans cette utopie de la théorie bien sûr, dans le sens où l’enfant a quand même moins de choses, de responsabilités que nous en tant qu’adultes, bien évidemment, ce qui fait que l’on ne peut pas vivre tout le temps dans l’ici et maintenant parce qu’en fait dans ces cas-là, ça serait presque dangereux [rires], tu vois ? Tu ne ferais plus attention à rien, en fait, et tu serais juste avec tes propres envies, immédiates, alors que ce n’est pas possible. Mais naturellement je pense que quand on est dans l’accompagnement de ses émotions, justement, et pas dans la gestion, on arrive déjà plus à être dans l’ici et maintenant, mais en le situant sur une échelle de temps. Et c’est ça que j’aime bien, c’est de voir cet ici et maintenant dans une échelle temporelle, c’est-à-dire que, certes on est dans l’ici et maintenant mais ce n’est pas que « on est dans une bulle de présent », c’est parce qu’en fait on va prendre en considération nos expériences passées, tout en essayant de voir l’avenir et comment on va essayer de le rendre accessible et positif pour nous et pour chacun d’entre nous. C’est quand même le but d’un parent, c’est de prendre en considération le passé et l’avenir, pour justement, mieux s’occuper de son enfant.

12:58 CÉDRIC : Tout-à-fait. Je suis tout-à-fait d’accord avec toi. C’est bien justement notre charge aussi, mais c’est également ce qui rend le chemin passionnant, de réussir à faire tout ça. Et après, en effet, c’est essentiel, le « dans l’ici et maintenant » je le cantonne à la relation à l’autre, tu vois ? Par exemple toi et moi on se parle, qu’on soit ici et maintenant, qu’on arrive à se déconnecter du reste, ça c’est…

13:23 ÉLODIE : Alors ça, je ne sais pas faire. Je fais partie de ces gens qui pensent à 10 choses en même temps. Et c’est OK. Pendant longtemps, tu vois, j’ai culpabilisé parce que je me disais « C’est bizarre », justement en lisant Eckhart Tolle, « je n’arrive pas à faire ça », puis on te parle de méditation, de te déconnecter de tout, comme si c’était un but en soi. Et à un moment donné, je me suis dit mais « Si on arrêtait avec cette tyrannie de la norme, il n’y aurait pas de but en soi ». C’est-à-dire qu’en fait, chacun d’entre nous, on a notre propre but et notre propre fonctionnement. C’est comme en ce moment, il y a énormément de mode autour du yoga. Alors c’est sans négativité aucune, sans jugement, mais on en parle beaucoup de cette pratique. Et de la méditation également. Et beaucoup de surdoués en coaching me disent « Mais moi je n’arrive pas à m’y mettre ». Mais alors, c’est quoi le problème [rires] ? Je ne comprends pas ? « Parce qu’il paraît que ça fait du bien ». Bah oui, mais peut-être pour une partie de la population, si ça ne vous fait pas du bien, ne commencez pas [rires]. C’est vraiment ça. C’est-à-dire qu’à un moment donné, peut-être que, je ne sais pas, on est en perpétuelle évolution, peut-être que dans 2 ans, 5 ans, 10 ans eh bien vous vous y mettrez et ça vous fera du bien à cet instant T [rires]. Ne faites pas un truc qui vous fait du mal, il y a suffisamment de choses dans notre vie qui nous font du mal et sur lesquelles on n’a pas d’impact donc du coup [rires], ne pas en rajouter c’est bien aussi.

14:49 CÉDRIC : Et j’ai cette question qui me vient là quand tu parles de norme, c’est une question qui me vient souvent quand je pense à l’hypersensibilité, notamment quand on parle de l’hyperémotivité, alors je vais essayer de bien la formuler ; dans une société où on nous apprend à mettre les émotions de côté principalement, dans une société comme ça où les émotions ne sont pas au centre, où on ne nous a pas forcément appris à bien les développer, à les accueillir… Je te parle dans mon expérience personnelle, parce que moi j’ai passé 30 ans de ma vie, pour citer Hermione Granger, « avec la capacité émotionnelle d’une petite cuillère », parce que mon éducation, parce que je suis un homme, etc. Et si tu veux, quand je me suis reconnecté à mes émotions, ça a été un flot incroyable. Très sincèrement, je pense que j’aurais rencontré le terme « hypersensibilité » à ce moment-là, je me serais dit « Je suis hypersensible, c’est pas possible » sauf que, je ne pense pas que ça soit le cas, mais où est la jauge d’une hypersensibilité par rapport à une norme sociale où l’émotion est refoulée ?

15:49 ÉLODIE : Ah c’est bien difficile. Oui tu me parles de l’effet Barnum. Cet effet Barnum c’est quelque chose qui revient souvent, je laisserais aux personnes aller voir l’expérience dont il s’agit, c’est assez facile de trouver. C’est le fait que lorsque quelqu’un énumère des caractéristiques, tu as la sensation que c’est toi, forcément. Pour la petite parenthèse, l’expérience était intéressante parce que c’était sur les horoscopes. Donc en fait, c’est tellement général, on peut tous se reconnaître dedans [rires], « Ah mais oui c’est tout moi » [rires]. C’est courant au niveau de l’hypersensibilité. Ce qui est intéressant avec l’hypersensibilité, c’est que l’on va s’auto dire hypersensible. Alors, il y a deux façons de voir l’hypersensibilité, il y a l’hypersensibilité de naissance qui est vraiment l’état et qui va se voir en fait, au niveau de notre fonctionnement sur toute notre vie, et on va le voir dès l’enfance. Donc certes, souvent on nous dit « Tous les enfants sont hypersensibles », c’est faux. Oui, il y a une grande densité chez les enfants au niveau des émotions et surtout si on leur laisse toute la liberté et tout l’espace pour le faire, mais tous les enfants ne sont pas hypersensibles. Il y a aussi le terme de B.A.B.I, alors après tu trouveras des théories plus ou moins farfelues là-dessus, il y en a qui sont pour d’autres qui sont contre, je laisse à chacun faire son point de vue. Mais il amène quand même une idée intéressante, sur cette intensité, par rapport à d’autres enfants, tu vois ? Et ensuite, il y a l’hypersensibilité que l’on va vivre sur une période donnée de notre vie, face à un traumatisme, face à quelque chose de difficile. Par exemple, tu viens de vivre le décès d’un proche, c’est difficile pour toi, eh bien oui, tu vas peut-être beaucoup pleurer, avoir beaucoup d’émotions, avoir le besoin d’exprimer tes émotions. Et tu vas vivre une période de grande densité émotionnelle, mais ça ne fait pas de toi un.e hypersensible, pour autant. Et donc du coup, j’essaye de répondre à ta question et c’est compliqué. C’est pour ça que je reviens à cette histoire d’étiquette, parce que je me dis, ma foi, à qui cela fait du tort ? À qui ça fait du mal ? À personne. Si jamais tu as envie de te dire hypersensible, si jamais ça répond, finalement, à un besoin à un moment donné de ta vie, tu vois ? C’est plus compliqué par contre, si tu mets cette étiquette sur ton enfant. Là c’est beaucoup plus délicat. Là, je parle vraiment des gens pour eux-mêmes. Des gens qui se disent « OK, eh bien moi je pense que je suis hypersensible ». Donc tu vas te renseigner sur le sujet, tu vas peut-être en parler à tes proches, et ça va peut-être te servir, alors je mets le mot entre guillemets, « d’excuse », pour expliquer certains de tes comportements. Ma foi, pourquoi pas ? Le problème c’est si jamais tu te dis, « Je suis hypersensible c’est comme ça, je ne peux pas changer ». Là, il y a un problème par contre. Parce que certes, l’hypersensibilité on ne peut pas la changer, mais il y a autant de façons de vivre l’hypersensibilité que d’hypersensibles, tu vois ? Moi, en tant qu’hypersensible, je suis totalement différente d’autres personnes hypersensibles. On n’a pas la même hypersensibilité déjà, puis en plus il y en a qui vont la vivre difficilement, d’autres qui vont en faire un atout, et puis en fait on est tous différents. Surtout que des étiquettes on n’en a pas qu’une, « Moi je suis une femme cis-genre, blanche de peau », etc. Et ça, ça joue, en fait, toutes ces étiquettes. Le fait d’être né en France, c’est quand même un pays différent que si j’étais née ailleurs, et ça ça joue aussi dans ma personnalité, dans ma construction psychique, eh bien c’est un peu pareil avec l’hypersensibilité. Et à un moment donné, finalement tu sais avec mon travail, oui je me dis que je suis surdouée et hypersensible mais dans ma vie de tous les jours je ne me présente pas en disant : « Bonjour, Élodie, surdouée, hypersensible » [rires]. Je ne me présente pas comme ça.

19:33 CÉDRIC : [rires] C’est vrai que ça fait bizarre.

19:35 ÉLODIE : Et je m’en fous en fait. Ça a très peu d’impact, finalement, dans ma vie de tous les jours, parce que je l’ai tellement accepté, que finalement ça ne fait même plus partie des étiquettes dont j’ai besoin.

19:47 CÉDRIC : Eh oui, mais c’est ça. C’est que tu n’as plus forcément ce besoin de définition permanent qui est important. Et ça je trouve, tu me dis si je me trompe, je trouve que c’est quelque chose qui vient justement quand on s’est trouvé. On s’est trouvé, on n’a plus besoin de se définir.

20:00 ÉLODIE : C’est ça. Mais on a besoin d’une étape intermédiaire et l’étape intermédiaire c’est cette étiquette, parce qu’elle permet, encore une fois vraiment de se comprendre et de le dépasser. C’est pour cela que, ma foi, je n’ai pas de souci avec ces gens.

20:14 CÉDRIC : Et puis c’est toi qui te la colles.

20:15 ÉLODIE : C’est ça, c’est très différent.

20:16 CÉDRIC : Et ça, tu vois c’est une phrase qui va me marquer pendant très longtemps, « C’est toi qui te la colles ». Et j’ai fait un épisode sur les étiquettes, justement ce qui dérange ce sont les étiquettes que l’on colle aux enfants notamment, et aux gens, mais quand c’est toi qui te la colles, avec ton cerveau construit, c’est en effet une démarche totalement différente et même très intéressante.

20:39 ÉLODIE : Et dans la parentalité, excuse-moi, je te coupe, mais c’est là où est la différence ; je préfère quelqu’un qui me dit « Je pense être hypersensible, comment je peux accompagner mon enfant ? » plutôt que « Je pense que mon enfant est hypersensible, comment je peux l’accompagner. » Parce que finalement quand on se pense hypersensible, on va mettre en place des outils pour s’accompagner soi-même, dans ses émotions, et c’est quelque chose qu’on peut faire après, vu qu’on sait le faire pour soi, on va davantage pouvoir le faire auprès de son enfant, qu’il soit hypersensible ou non au final.

21:04 CÉDRIC : Donc Élodie tu parlais aussi de construction psychique dans ton propos à l’instant, et ça m’interpelle parce que, vraiment, moi je parle beaucoup de déconstruction sur la violence éducative ordinaire ou sur ce qu’on peut rencontrer comme injustices dans notre environnement et donc ce côté déconstruction, quand on est hypersensible, parce que ce sont quand même des moments qui peuvent être assez compliqués à vivre. Je vais encore parler de mon expérience personnelle, pour moi la déconstruction notamment sur les violences éducatives ordinaires ça a déclenché un flot d’émotions, et je me dis que là si j’étais dans l’hyperémotivité, ça serait un tsunami.

21:43 ÉLODIE : Il y a quelque chose qu’on oublie, c’est la force de résilience des hypersensibles. Il y a une force incroyable. En fait, ils sont déjà habitués de base à tout ressentir. Donc, je veux dire, les émotions ce n’est pas quelque chose de bizarre pour eux, au contraire. C’est leur quotidien. En fait, il faut juste savoir maintenant comment les vivre. Mais en fait, ils savent ce que c’est que d’être dans des états intenses, donc ce n’est pas ça qui va être compliqué. Et justement, parce qu’ils ont une grande force de résilience, la déconstruction psychique fait partie de leur quotidien, à condition qu’ils acceptent cet état de fait. Parce qu’en fait, être en lutte contre soi-même, eh bien là oui tu as déjà suffisamment d’énergie perdue, pour pouvoir en mettre en plus dans une déconstruction psychique. Mais sinon, ce sont des personnes qui sont tout le temps dans la remise en question ; du monde, d’eux-mêmes, etc. Alors du coup c’est toujours très intéressant parce qu’il y en a beaucoup qui me disent « Je manque de confiance en moi ». Et quand je décortique, pour bien faire la différence entre l’estime de soi, le manque de confiance, etc. Eh bien en fait non ce n’est pas qu’ils manquent de confiance en eux. C’est parce que surtout la société leur renvoie cette image, que se remettre en question et douter d’eux-mêmes, c’est un manque de confiance. Mais pas du tout. C’est très positif. Parce que ça leur permet tout le temps d’évoluer. Sauf que dans cette société, la confiance en soi c’est de ne jamais douter de soi. Moi je dis c’est le contraire, parce que quand t’as assez confiance en toi, tu peux douter de toi sans que cela soit l’hécatombe [rires], parce que justement tu es assez solide pour le faire, tu vois ?

23:27 CÉDRIC : Mais c’est sûr, mais je pense que ça c’est intimement lié, socialement, à un rapport à l’échec en France, qui est très complexe. On vit l’échec comme une fin en soi, comme une définition aussi de son être, alors que l’échec n’est qu’une étape d’un apprentissage.

23:43 ÉLODIE : Oui, complètement. On a tous échoué avant d’en arriver là.

23:46 CÉDRIC : Et ça peut aussi être une étape d’un apprentissage de soi. Moi j’échoue. On en parlait tout à l’heure en OFF mais, moi parfois j’échoue dans ma parentalité. Parfois je crie sur ma fille, j’essaie de le faire le moins possible mais je crie sur ma fille. Est-ce que ça veut dire… Si je devais écouter la société, je devrais m’arrêter, dire « Stop, je suis un mauvais parent ».

24:06 ÉLODIE : C’est ça [rires].

24:09 CÉDRIC : Sauf que non, c’est une table d’apprentissage, donc ; qu’est-ce qui a provoqué cette situation ? Comment est-ce que je me sens, etc ? Ça sert à être analysé. Mais oui c’est compliqué, et la remise en question, c’est en effet une force, je pense, comme toi [rires] que la résilience, c’est important. Et un autre sujet qui est essentiel et dont on parle aussi beaucoup ici dans mon podcast, ce sont les discriminations, notamment le sexisme, tu vois ? Je me dis, c’est déjà terrible à vivre, j’imagine, parce que moi je suis un homme, je n’ai pas beaucoup, même pas du tout connu de sexisme dans ma vie.

24:52 ÉLODIE : Eh bien si ! Parce que justement les garçons, on leur dit de ne pas avoir d’émotions.

25:02 CÉDRIC : Alors oui, en effet, j’ai mes injonctions de virilité qui sont sociales, mais je n’ai pas subi de la part d’un tiers un sexisme exacerbé. Mais c’est super intéressant que tu le prennes sous cet angle-là, parce que ça rajoute une dimension à ma question.

25:14 ÉLODIE : Oui, parce que j’allais te dire, je pense qu’en fait les conséquences sont différentes, mais, si, il y a des femmes qui amènent cette injonction de virilité chez les hommes justement. Et moi, j’ai beaucoup d’hommes coachent qui justement, souffrent énormément de l’hypersensibilité à cause de cette injonction de virilité. Elle ne serait pas là, leur hypersensibilité ne serait pas du tout un problème. Et en tant qu’hypersensible c’est beaucoup plus difficile d’être un homme qu’une femme, tu vois ? Là, le sexisme, pour le coup, il fait plus de tort aux hommes qu’aux femmes, dans cette thématique-là.

25:52 CÉDRIC : Du fait des injonctions émotionnelles qui sont faites aux hommes, de devoir les cacher, les intérioriser, ne pas les exprimer.

25:59 ÉLODIE : Oui, c’est terrible, parce qu’en plus, c’est très drôle parce que je suis également diplômée de méditation familiale donc je propose aussi des méditations et parfois du coup, il y a la femme qui elle, peut se dire hypersensible, l’homme non, non non pas du tout. Et en fait, quand on travaille, on se rend compte que l’hypersensible ce n’est pas du tout la femme, c’est l’homme. Sauf qu’il est tellement, en fait, dans le contrôle de ses émotions – de toute façon quand on est dans le contrôle de ses émotions on ne supporte pas que les autres ne le soient pas – mais ça c’est pour tout. Tu sais par exemple, je vais prendre une autre thématique qui n’a rien à voir, mais quelqu’un qui va faire énormément attention à son physique ou à son poids, etc. Eh bien il va être beaucoup plus critique envers ceux qui ne le font pas. C’est d’ailleurs le premier qui va remarquer si, je ne sais pas, son ou sa partenaire a pris du poids ou quelque chose comme ça. Eh bien là c’est pareil, c’est-à-dire qu’au niveau de l’hypersensibilité et des émotions, lui il était tellement dans la gestion de ses émotions, dans le contrôle, etc. qu’il ne supportait pas du tout quand sa femme avait une émotion un peu plus intense. Et du coup il disait « Mais ce n’est pas possible tu es hypersensible », et il la faisait passer pour une folle, presque. Et donc elle se disait « Mais je suis hypersensible, j’ai un problème d’hypersensibilité », alors qu’en fait, en travaillant avec eux, pas du tout [rires], elle n’était pas du tout hypersensible, c’était lui. Mais il se canalisait tellement. Et en fait il faisait de la peine à sa femme donc ça a été très compliqué dans le couple mais aussi avec ses enfants. Parce que justement, il était tellement en guerre avec lui-même, il ne supportait tellement pas cette partie de lui-même, qu’il ne supportait pas que ses enfants puissent avoir des tempêtes émotionnelles. Et sur cette idée de tempête émotionnelle, c’est intéressant parce que, on utilise beaucoup ce terme « crise », pour parler des enfants. Mais en fait, les gens oublient qu’en grandissant, on en a encore. C’est-à-dire que dans la parentalité (alors tu utilises le terme que tu veux, « parentalité bienveillante » ou « parentalité respectueuse » [rires], il y a toute une flopée de termes pour dire la même chose…

27:52 CÉDRIC : Moi je préfère « parentalité éclairée », [rires].

27:55 ÉLODIE : Allons-y pour « éclairée », dans cette parentalité éclairée, on admet que, OK l’enfant a des tempêtes émotionnelles mais par contre, on a la sensation que cela s’arrête à quel âge ? Tu vois, en coaching je dis souvent « Ça s’arrête à quel âge d’après vous ? » [rires]. Parce qu’en fait, en tant qu’adultes on en a aussi, et c’est normal, et c’est OK. Et tant que l’on n’est pas OK avec cette idée pour soi, eh bien on va avoir du mal à l’accepter totalement, on va juste la tolérer, pour nos enfants. Alors que ça fait partie du processus de l’être humain, d’avoir justement des émotions et parfois, eh bien c’est un peu l’orage quoi [rires], tu vois ? Et c’est normal, c’est totalement normal, parce qu’encore une fois nous sommes des êtres sensibles, sans parler d’hypersensibilité.

28:38 CÉDRIC : Non mais complètement. Moi je pense à ces moments que je peux avoir, que j’ai déjà évoqués, où par exemple, si tu veux dans ma déconstruction par rapport aux violences éducatives ordinaires, il y a des fois où ma fille, quand elle a une « crise » ou une tempête émotionnelle, je la prends dans mes bras, je lui fais un câlin, tu vois j’accompagne le truc, mais au fond de moi il y a cet enfant intérieur qui me dit « Mais moi je n’ai pas eu ça, pourquoi tu fais ça ? ». Et il y a cette sorte de jalousie. Et pour le coup je me dis mais pour une personne hypersensible, cette espèce de relation d’attachement intérieure, elle doit être hyper complexe.

29:15 ÉLODIE : C’est vraiment très drôle, parce qu’à chaque fois tu me reposes un peu les mêmes questions, et j’essaie d’y répondre mais je dois mal le faire, parce qu’elles reviennent. C’est comme si tu imaginais que c’est pire pour l’hypersensible, quand je t’écoute.

29:26 CÉDRIC : Mais alors je vais te dire, c’est peut-être pour le coup ma construction d’homme aussi qui me fait dire ça, et mon rapport à l’émotion mais, je me dis que oui c’est plus compliqué en fait, parce que c’est plus intense, tu vois ?

29:40 ÉLODIE : Oui ! Mais plus intense, ça ne veut pas dire plus compliqué.

29:45 CÉDRIC : C’est vrai.

29:46 ÉLODIE : C’est parce que tu imagines que l’intensité rend les choses compliquées. Mais en fait, quand t’es habitué à quelque chose tout le temps, vu que l’hypersensible vit tout le temps les choses de façon intense, c’est sa normalité, tu vois ? Et au contraire, tu vois, je travaille vraiment avec les hypersensibles pour qu’ils acceptent cette hypersensibilité. Eh bien une fois que tu acceptes ça, mais jamais plus tu voudrais ne plus être hypersensible. Parce que sinon, ta vie serait fade [rires]. Et tu vois, en tant qu’hypersensible, je n’envie pas du tout les gens qui ne sont pas hypersensibles, parce que je me dis que ça doit être vraiment fade en fait [rires]. Parce que les émotions sont intenses. Mais toutes les émotions ; la joie, l’exaltation, l’excitation, la passion, elles sont très intenses. En fait, c’est un peu comme si on était sous drogue tout le temps [rires]. Tu vois, il y en a qui recherchent cet état avec la drogue, eh bien en fait tu peux dire que les hypersensibles n’en ont pas besoin, parce que c’est juste ça tout le temps [rires]. Donc non, ce n’est pas plus difficile. Mais encore une fois, moi j’aime bien faire ce parallèle – ça parlera peut-être plus aux femmes [rires] qu’aux hommes – c’est l’accouchement. C’est pour ça que je vais parler d’enfantement. Et tu vois les contractions sont intenses, mais plus tu luttes contre cette intensité plus, finalement, la douleur devient de la souffrance. Mais, si tu acceptes que ça fait partie du processus de l’enfantement, eh bien en fait tu n’en souffres pas du tout, mais pas du tout.

31:21 CÉDRIC : Alors là en effet ça parlera sûrement plus aux femmes qu’aux hommes. En tout cas, je tiens à préciser à nos auditeurices que vous êtes en train d’assister en direct à ma déconstruction sur l’hypersensibilité.

31:33 ÉLODIE : [rires] Eh bien je suis contente.

31:35 CÉDRIC : Non mais tu vois c’est vrai que je viens de percuter qu’en effet je le voyais comme quelque chose de fondamentalement compliqué alors que non, tu as raison. Tu vois, je vais donner un exemple tout con, moi je fais 1m93.

31:50 ÉLODIE : Mon mari aussi !

31:50 CÉDRIC : Ma vie est faite de ça, de ce point de vue là, et il y a des gens plus petits qui m’ont déjà dit « Mais ça doit être compliqué pour toi de passer les portes ». Eh bien non en fait, automatiquement je suis habitué à me pencher, etc. Et tu vois, je fais un peu ce parallèle-là. Non c’est pas plus compliqué pour l’hypersensible parce qu’il le vit depuis qu’il est petit. Après, si c’est compliqué pour lui, comme ça peut l’être pour les personnes non hypersensibles dans des situations, il faut juste l’accompagner.

32:20 ÉLODIE : Ce qui est compliqué c’est le regard des autres. Imaginons que toute ta vie on te dise « Oh mon pauvre t’es grand, t’es trop grand, c’est un problème, penche-toi, vas-y penche-toi, baisse ta tête ». Eh bien en fait, tu vas peut-être complexer sur ta taille.

32:36 CÉDRIC : Bien-sûr.

32:37 ÉLODIE : Eh bien c’est un peu pareil. Parce que l’hypersensible, on lui a dit depuis tout petit « Tu es trop. Tu es trop ceci, tu fais trop ça, mais arrête avec ça, mais arrête ton caprice », avec ces phrases VEO terribles du genre « Vas-y pleure, tu pisseras moins » ou bien « Dis-donc un vrai mec ça ne pleure pas », tu vois, toutes ces conneries en fait, tu m’excuseras, eh bien du coup, il va se dire qu’il a un problème, et il va en souffrir. En fait, le problème ce sont les autres, pour reprendre la fameuse phrase.

33:06 CÉDRIC : Oui pour reprendre notre cher ami. Non mais c’est ça qui est intéressant c’est que ce n’est qu’une caractéristique, point. C’est tout, et c’est chouette de l’entendre et c’est important je pense, de le dire, de manière claire et posée.

33:22 ÉLODIE : Eh bien c’est tout mon travail sur les réseaux sociaux.

33:26 CÉDRIC : Donc pour le coup Élodie je vais te poser la dernière question que je pose un peu à tous mes invités ; quels conseils tu aurais pour les parents ou parents en devenir – là je vais catégoriser « hypersensibles » –, qui le savent ou ne le savent pas – je ne sais pas, je te laisse donner ton avis – sur leurs débuts en parentalité ?

33:48 ÉLODIE : C’est vraiment bateau hein, mais, c’est d’être bien avec soi-même. Accepter que l’on ne soit pas parfaits, que cette perfection n’existe pas, qu’il faut arrêter totalement ce délire-là du parent parfait, les enfants n’ont pas besoin de parents parfaits. Ils ont besoin de parents qui s’aiment suffisamment pour les aimer eux, en fait, parce que justement, je crois qu’on oublie que tout ça se fait par l’exemple, que l’enfant apprend énormément sur notre façon d’être. Je me rappelle en coaching j’avais une maman – je raconte souvent ça parce que ça m’avait énormément marquée – et elle me disait « Ma fille manque de confiance en elle, c’est terrible, à longueur de temps elle se dit qu’elle est nulle, dès qu’elle n’y arrive pas, elle abandonne et se dit que vraiment elle est nulle, qu’elle ne sert à rien, qu’elle est bête, etc ». Et puis on parle d’autre chose, et à un moment donné je lui explique quelque chose et elle se tape le front et elle me dit « Ah mais qu’est-ce que je suis conne ! ». Et je lui dis « Tu fais ça devant ta fille aussi ? ». Et là elle me dit « Ah eh bien je ne sais pas ». Donc à chaque fois que l’on t’explique quelque chose que tu ne savais pas, tu te tapes, en disant que tu es conne ?! [rires]. Tu vois ? Tu auras beau dire à ta fille « Aies confiance en toi », si tu continues à te frapper et t’injurier [rires] , ça va être compliqué. Mais cet exemple est très parlant. Donc en fait, qu’on soit hypersensible ou non, eh bien, c’est important de s’aimer pleinement, et de s’accepter pleinement, parce que l’enfant comprendra qu’en fait, l’amour pour soi n’est pas du tout conditionné, et qu’il n’y a pas de question de « Je le mérite » ou « Je ne le mérite pas ». C’est « Je t’aime, en tant qu’être humain et je te prends dans ton entièreté, tout simplement. »

35:28 CÉDRIC : Et c’est exactement ça, et c’est super beau de le dire comme ça. Je n’ai pas mieux [rires]. Donc je te remercie beaucoup Élodie pour cet échange, ça a été super enrichissant en tout cas pour moi, et je te dis à très bientôt.

CÉDRIC : Je vous remercie de m’avoir écoutée, je vous invite à vous abonner, et nous pouvons aussi nous retrouver sur Facebook, Instagram et sur le blog Papatriarcat.fr. À bientôt.

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