REDIFF Partie 4 DOSSIER ALLAITEMENT – Histoire d’un allaitement non écourté – Discussion avec Mathilde

INTERVENANTS : CÉDRIC → Créateur de Papatriarcat

MATHILDE → Invitée

CÉDRIC : Bonjour chèr.es auditeurs/ices, merci d’être là, merci pour le soutien. N’hésitez pas à vous abonner, à laisser un commentaire ou à laisser 5 étoiles dès que c’est possible. Cela aide déjà beaucoup le projet. Vous pouvez aussi, si vous le souhaitez, faire un don dans le lien disponible en description du podcast. Pour toute demande d’accompagnement personnel, vous pouvez aussi maintenant me retrouver sur mon site internet : http://www.cedricrostein.com, que ce soit pour des séances individuelles, ou des ateliers en groupe. Le lien est en description du podcast. Merci, et à bientôt.

01:16 GÉNÉRIQUE

01:25 CÉDRIC : Bienvenue sur Papatriarcat, le podcast qui réfléchit à la parentalité au XXIe siècle pour l’affranchir du modèle patriarcal.

01:38 INTRODUCTION

CÉDRIC : Dans cet épisode, j’accueille Mathilde. Vous la connaissez sûrement sous son profil Instagram @laurelbang, elle nous enchante régulièrement avec ses chansons et ses comptines, et Mathilde c’est bien plus que ça, comme beaucoup de femmes. Je vous laisse le soin de la découvrir dans cette interview. Et vraiment, je la remercie pour le temps qu’elle m’a accordé et pour le témoignage de son expérience qu’elle va nous transmettre. Je vous souhaite une très bonne écoute.

02:02 CÉDRIC : Bonjour Mathilde.

02:03 MATHILDE : Bonjour !

02:05 CÉDRIC : Merci beaucoup d’être là, je suis ravi de t’accueillir, beaucoup te connaissent grâce à tes chansons, tes musiques, tes comptines, avec ton profil @laurelbang et ton bandcamp, que j’aime beaucoup. Tu travailles également avec Ocarina, je tenais à le dire parce que je suis possesseur et que ma petite ne lâche plus l’Ocarina depuis qu’elle t’écoute. Et tu es aussi une maman, une maman d’un petit Andrea, que tu allaites depuis quelque temps maintenant, on pourrait même dire en France que tu fais un allaitement longue durée. Que penses-tu de cette appellation ?

02:39 MATHILDE : Alors, moi j’allaite Andrea qui va avoir 4 ans, le 14 mai. Donc effectivement je suis sur un allaitement longue durée, j’ai passé le stade « allaitement bambin », on peut dire que j’allaite un enfant, donc là j’ai passé une autre catégorie dans les différents « niveaux » de l’allaitement. En fait, on va dire « allaitement longue durée » parce que c’est le terme courant. C’est le terme courant parce que ce n’est pas une norme, tout simplement. Donc à partir du moment où l’on a passé un certain nombre de mois (et je ne parle pas en années je parle en nombre de mois), on dit que c’est long. Généralement on va dire que c’est long, je pense, après 6 mois, parce que ce sont les recommandations de l’allaitement exclusif de l’OMS, et après ça va dépendre des gens, aussi. Il y en a pour qui un mois c’est long, déjà. Donc voilà. Moi je préfère dire « allaitement non écourté ». En vérité, si l’on se base sur le sevrage naturel humain qui se situe entre 2 et 7 ans… mais c’est un terme qui peut être un peu agressif, en fait. Quand on n’a pas allaité longtemps, on se dit que l’on a « écourté » l’allaitement de son enfant. Bon. Mais en fait c’est une vérité, d’un point de vue biologique, c’est une vérité. Si l’on suivait la norme biologique de l’être humain, effectivement, on ne dirait pas que c’est long. Pour quatre ans d’allaitement, on dirait que j’allaite juste mon enfant quoi. Donc oui c’est un terme… Je pense que l’on peut l’utiliser, même moi je l’utilise comme ça, parce que ce n’est pas vraiment une norme, donc on utilise des termes qui remettent l’allaitement à la place qu’il a aujourd’hui.

04:16 CÉDRIC : Tout à fait, tu as tout à fait raison, j’en parlais dans la 2e partie de ce dossier, avec Ingrid Bayot, ce n’est pas la norme biologique de notre espèce, il y a tout un tas de facteurs sociologiques et culturels qui sont greffés à cela. Et c’est super chouette de voir une mère allaiter. Enfin moi, moi je trouve ça super chouette, et justement toi pour le coup dans ton rôle de mère, de femme, et aussi par rapport à ton mari, qu’est-ce que t’a apporté l’allaitement ?

04:49 MATHILDE : Alors, dans mon rôle de mère ça m’a apporté beaucoup de confiance, beaucoup d’assurance parce que du coup, je suis, moi, celle qui nourrit mon enfant, donc forcément, ça renforce (et puis c’est prouvé) la confiance de la maman. Et après, je me dis aussi quand je vois d’autres parents, que ce soit mon frère ou des amis, quand je vois tout ce qu’il faut faire avec un biberon, franchement je me demande comment j’aurais tenu, je trouve ça hyper dur. Je trouve ça hyper compliqué. Après c’est mon point de vue parce que moi j’ai allaité et je trouvais ça assez simple, après coup, malgré le fait que l’on me dise que c’est plus compliqué, etc. Mais je me demande vraiment comment j’aurais fait, à me taper le même nombre de biberons que de tétées, les laver, etc., je n’aurais pas tenu psychologiquement. Donc en tant que mère, oui, ça m’a apporté ça, donc du coup de la sérénité et de la facilité aussi à gérer mon quotidien. En tant que femme, ça m’a apporté beaucoup de pouvoir. J’ai redécouvert ce que c’était aussi, eh bien que d’être une femme, et être une mère. Parce que ça fait longtemps que je m’intéresse beaucoup au féminisme et que je milite, mais là ça m’a donné une autre vision, parce qu’il y a beaucoup cette image de la femme/mère dans le féminisme qui est un peu « esclave », si l’on prend certains courants. Et je pense que du coup j’étais plus… Alors je n’avais pas d’avis sur la maternité, mais je pense qu’il y a plus cet effet-là ; si l’on parle de féminisme, les gens vont penser que tu ne peux pas être mère et être féministe. Et moi ça m’a donné énormément de pouvoir, en fait, d’allaiter ; une affirmation de moi, une fierté. Tu vois c’est un peu le « do it yourself », donc je n’ai eu besoin de personne, et c’est vraiment un « empowerment » pour une femme je pense, d’allaiter. Quand elle est bien dans cet allaitement ça peut être quelque chose de galvanisant. Tu te retrouves là, c’est toi qui donnes tout à ton bébé, c’est hyper satisfaisant quand même, pour l’estime de soi. Je pense que c’est important. Après, avec mon mari, eh bien en fait j’ai envie de te dire que ça ne m’a pas apporté grand chose. Parce que c’était acté en fait. On n’a jamais parlé de l’allaitement comme quelque chose « entre nous ». Ça s’est fait comme ça. Lui m’a dit quand j’étais enceinte : « Tu vas allaiter ? Et tu vas allaiter 6 mois », parce qu’il avait vu ça sur l’OMS, ils disaient qu’il fallait faire comme ça. Et il est beaucoup dans la bonne nutrition et tout donc c’était important. Mais en fait, je pense que lui ne s’est jamais vraiment posé la question. Ce n’était pas « Notre enfant, l’allaitement et lui ». C’était plutôt « Je nourris mon enfant, tu veux faire ça… » je ne sais pas on n’en a vraiment jamais jamais débattu comme quelque chose qui s’est posé comme un problème à un moment donné. Et pour ça, je ne peux pas dire que ça ait changé quelque chose entre nous. Je pense que si j’avais fait l’un ou l’autre, c’était pareil. Mais par contre en tant que mère et femme, oui, là ça a changé quelque chose. Et je suis bien contente d’ailleurs, c’est une preuve que je ne vis pas avec un gros macho, quoi. Il s’en fout lui de ce que je peux bien faire [rires]. Si cela ne se pose pas entre nous, je pense que c’est bon signe.

08:16 CÉDRIC : C’est clair. Mais après c’est vrai qu’il y a souvent ce côté, dans l’allaitement, ces arguments de « Oui, mais tu comprends l’allaitement ça prive le père de nourrir l’enfant… » Alors on en a parlé avant, que cela soit avec Ingrid Bayot ou avec Fred que tu connais, sur le fait que non ça n’empêche rien, et surtout, c’est voir l’allaitement uniquement comme un moyen de nutrition, sauf qu’il représente aussi plein d’autres choses. Et là-dessus, l’homme, le père, peut y trouver sa place. Et peut-être que tu peux me dire si même sur 4 ans, on peut quand même y trouver sa place ?

08:55 MATHILDE : Bien sûr ! On a vraiment cassé, je pense, ce cliché-là où l’on voit que pour trouver son rôle de père, il faut nourrir. Parce qu’un enfant, il faut le nourrir. On a l’impression que le lien fondamental c’est de nourrir son enfant. Antoine a fait tout le reste, en fait. Il joue, il le couche, il va le rassurer, le porter, etc., enfin faire tous les autres trucs que je fais, à part l’allaitement. Donc finalement, on enlève UN truc. Ce qui est certes important, mais il est important pour la dyade mère/enfant. Le père ne peut pas faire ça, donc il fait d’autres trucs, et puis voilà.

09:35 CÉDRIC : Tout à fait. Ça n’efface en rien les possibilités du rôle du père. Avec cette expérience de l’allaitement que tu as (parce que je ne pense pas qu’il y ait beaucoup beaucoup de femmes en France qui aient un allaitement avec un enfant de 4 ans, malheureusement), quelles sont les plus grosses difficultés que tu as connues ? Parce que l’on sait que ce n’est pas toujours une partie de plaisir.

09:56 MATHILDE : Non, c’est vrai, ce n’est pas toujours une partie de plaisir. Alors moi j’ai eu de la chance au tout début, de ne pas trop connaître de galères, parce que finalement, les galères surviennent au début, et c’est ça qui va rebuter une femme et qui va la faire abandonner, je pense. Mais d’un point de vue « mise en place » de mon allaitement, avec du recul, je peux dire que je n’ai pas connu de galères. Après je pense que la plus grosse difficulté pour mettre en place un allaitement, c’est surtout sa mise en place. Quand il y a des freins, des crevasses, sans informations, on se traîne des douleurs, etc., on pense que c’est normal ou alors on abandonne. Du coup, moi personnellement la plus grosse galère que j’ai connue, c’est cette angoisse au début, de savoir si je faisais tout bien. Alors que tout se passait bien, que mon fils prenait correctement du poids, mais j’étais très angoissée j’ai dû tout apprendre toute seule. Et c’est ça la grosse galère. C’est que l’on doit tout faire toutes seules, parce qu’il n’y a pas de bonnes informations, on n’est pas bien informées, on croise du personnel de santé on les regarde avec des yeux suppliants « Dites-moi que c’est bon » et personne ne te répond, parce qu’ils ne savent pas tout. Et quand c’est ton premier enfant, tu ne connais pas les conseillères en lactation, etc. Tu découvres tout ça et ça y est, tu es bien dans ton allaitement, donc voilà. Ça va plus être ça moi ma grosse galère, enfin ma petite galère parce que par rapport à d’autres, voilà… Celle que j’ai connue, c’est cette angoisse de savoir si je fais bien ou non. Et après en grandissant, les galères c’est aussi de connaître l’équilibre. Un bambin peut demander énormément le sein en une journée, et toi tu as passé ce stade où tu as tout donné à ton enfant parce qu’il est tout petit et tu lui donnes le sein 40 fois par jour. Quand il est plus grand et que tu as envie de faire des trucs, parfois tu as envie de trouver tes limites aussi. Et de pouvoir les poser. Il y a un moment où ça se négocie, quand même, l’allaitement. Et il y a des fois où ça peut être lourd. On se dit « C’est bon, va faire autre chose, il n’y a pas que ça pour te rassurer, tu as 4 ans maintenant » [rires]. Donc voilà c’est parfois cette balance entre mes limites et les siennes, et à quel moment je peux dire non et à quel moment ce n’est pas négociable.

12:07 CÉDRIC : Ça me fait beaucoup penser au terme qu’utilise Ingrid Bayot qui est « l’allaitement à l’amiable ».

12:13 MATHILDE : Voilà c’est ça, exactement. Au bout d’un moment, ça devient ça. C’est pour ça aussi qu’il faut que les gens sachent cela. Il faut qu’ils sachent qu’au bout d’un moment, ce n’est plus comme au début. Tu n’es pas esclave de ton enfant. Moi je peux lui refuser 5 fois dans la journée parce que l’on peut faire autre chose, que je n’ai pas envie, et je lui dis. Il y a des moments où ça ne devient plus indispensable, on parle vraiment en années, là, quand ton bébé est tout petit tu ne lui dis pas d’attendre, évidemment.

12:47 CÉDRIC : Là où je te rejoins, c’est pour cette angoisse que l’on peut avoir au tout début, le père comme la mère pour le coup, parce qu’en fait, tu as la puériculture (avec ses qualités et ses défauts) qui te dit « Ton enfant doit manger tant par jour, il doit boire tant par jour », sauf que dans le cas de l’allaitement, non. Ça, c’est une vraie source d’angoisse quand même.

13:09 MATHILDE : Complètement. Tu ne sais pas et l’on t’a donné des chiffres, et tu ne peux pas voir ces chiffres, en fait. Tu ne peux pas voir ce que tu as donné. Alors moi j’avais une balance que j’ai louée pendant des mois, ça m’a coûté un bras, pour voir s’il prenait bien du poids, si c’était OK. Parce que c’est le seul truc qui va te rassurer. Et encore, parfois ça ne veut pas tout dire. [Rires] Donc, voilà, c’est vrai c’est cette angoisse… Tu as juste ta confiance, pour voir si cela se passe bien, et souvent tu es toute seule avec ça. Tu es toute seule. Je me souviens, j’avais fait appel à une puéricultrice peut-être une semaine ou deux après avoir accouché. J’étais chez moi, elle est venue, elle était hyper timide et moi j’avais juste envie qu’elle me rassure et elle ne me disait rien, absolument rien. « Ah oui, je crois que c’est bien ». Je voyais qu’elle n’y connaissait rien. Et donc elle est repartie et moi j’avais juste besoin de cette aide-là et je ne l’ai pas eue. Il y a juste quelqu’un qui est passé chez moi. J’avais besoin de plus.

14:07 CÉDRIC : Oui c’est vrai que le savoir s’est un peu trop perdu sur le sujet. Heureusement, il y a des personnes compétentes qui se développent de plus en plus. Et alors pour le coup on a parlé des difficultés, mais c’est quoi les plus beaux moments dans l’allaitement, du moins ceux que tu as connus ?

14:25 MATHILDE : Du coup après le point précédent je ne vais pas dire que tous les moments sont beaux, hein [rires]. Mais il y a ces petits moments de grâce quand tu viens d’accoucher et que ça se met en place, ou alors justement tu galères et il y a une tétée qui se passe bien, et ce sont ces shoots d’ocytocine que tu te prends, et tu es là avec ton bébé, il ne se passe rien et tu as une bulle autour de toi. Voilà, ce sont des moments qui sont quand même… dont on se souvient vraiment. Et quand ils s’endorment au sein, aussi, ça, c’est trop beau. Tu sens que tu as réussi quelque chose, ça donne une satisfaction. Et après quand ils sont plus grands, tu as tous ces petits moments aussi où tu as l’impression qu’ils redeviennent tout petits, ça remet un peu aussi dans une petite bulle. Et puis voir son bébé tout potelé alors que tu ne lui as donné que ton lait, ça, c’est satisfaisant.

15:23 CÉDRIC : C’est vrai qu’il y a une vraie satisfaction, il y a une vraie découverte de son propre pouvoir. Je parlais justement dans la 1re partie de ces courants du féminisme où il y a vraiment deux grandes choses qui se distinguent : soit de considérer l’allaitement comme un esclavagisme ultime de la femme (qui se discute), soit justement de le considérer comme un éveil du pouvoir du corps de la femme. Et franchement, les mères allaitantes avec qui j’ai pu discuter font part de cette découverte, de ce bien-être qui peut aller avec.

15:56 MATHILDE : Oui, je pense que quelqu’un qui pense fondamentalement que l’allaitement c’est de l’esclavage n’a pas allaité du coup, et ne connait pas non plus les effets biologiques de l’allaitement. C’est difficile d’en parler et de se faire un avis qui est vrai et qui n’est pas biaisé, tant qu’on ne l’a pas vécu. C’est un peu bête de dire « Eh bien ne dis rien parce que de toute façon tu n’y connais rien, tu ne l’as pas vécu », mais c’est vrai, en fait. Il se passe quelque chose. C’est comme parler de la parentalité quand tu n’as pas d’enfant.s. Ce n’est pas pareil et ça ne sera jamais pareil. Donc oui, je pense que ce courant-là se base effectivement sur un vrai avis, mais sans connaître les effets biologiques de l’allaitement, qui sont vérifiés.

16:43 CÉDRIC : Et pour le coup, au niveau de la société, comment vis-tu le regard de cette dernière sur ce choix de l’allaitement ?

16:49 MATHILDE : Eh bien, plutôt mal. Moi en tant que, je vais dire « lactiviste » même si ce n’est pas très très bien vu, mais en tant que personne qui défend la vulgarisation de l’allaitement… Parce qu’en fait il faut se justifier, tout le temps. Il me faut justifier le fait que je ne fais pas mal, que je sais ce que je fais. Et certains ne sont pas prêts à avoir une information qui est vérifiée, sur l’allaitement. Et du coup, ça renvoie à trop de choses, sur ce que les gens ne savent pas, en fait. Mais ils pensent savoir. Parce que tout le monde sait un peu, concernant l’allaitement. Tout le monde sait un peu ce que c’est que d’être parent, que tu le sois ou pas. Et toi, sur ce que tu sais vraiment, on te dit « C’est ton avis ». Alors que tu donnes une information qui est vraie, vérifiée, et qui va, effectivement, défendre les bienfaits de l’allaitement, mais comme ça dérange, on va te dire que c’est plutôt ton « avis ». Et je comprends que cela puisse déranger, parce que ça soulève plein de choses, que tu sois parent ou non, que tu aies allaité ou non, quand on te donne une information comme ça qui pourrait te renvoyer au fait que toi tu n’as pas reçu le lait de ta mère donc du coup, tu es peut-être une mauvaise personne, ou alors toi tu n’as pas allaité donc du coup tu es peut-être un mauvais parent. On n’a pas envie d’entendre ça, on met des œillères on se dit « Mais ça, c’est ton avis », même si les informations sont vérifiées et dites telles qu’elles sont. Du coup, ce que j’ai appris à faire au fil du temps, pour mieux vivre justement ce regard-là de la société et de l’entourage, c’est que j’ai arrêté de semer des graines sur des terrains stériles, en fait. Et quand je vois que la discussion est possible, alors je parle de ce que je sais, mais de ce que j’ai appris fondamentalement, je ne défends pas ça comme je défendrais quelque chose qui résulte réellement de mon avis, où ça diverge. Et là où j’ai vu que ce n’était pas possible, j’ai juste arrêté d’en parler. Parce que ça ne sert à rien, je pense. Mais ce n’est pas toujours évident.

18:50 CÉDRIC : Et ce n’est pas évident, lorsque l’on est dans un centre commercial, quand l’on est dans des lieux publics, alors que l’on fait quelque chose qui est parfaitement naturel. Ça rejoint un peu le sujet que j’avais abordé avec Fred, ça rejoint aussi cette sexualisation du corps de la femme, finalement, qui n’est plus à vous. Il y a un de tes posts sur Instagram qui m’avait interpellé sur le sujet, où moi j’ai l’impression que l’allaitement c’est aussi se réapproprier son corps. Enfin, je dis ça parce que je ne suis pas une femme, ce n’est qu’une impression. C’est aussi se réapproprier son corps là où en fait, la sexualisation induite par la société fait qu’il ne vous appartiendrait plus.

19:29 MATHILDE : Oui, parce qu’il y a cette image de ce sein qui en fait, dans tout ce que l’on voit, est fait pour la sexualité. On a complètement relégué au second plan son rôle nourricier et forcément, ça questionne. Pourquoi cette femme-là sort-elle son sein pour nourrir son bébé alors qu’à côté d’elle il y a une publicité où une femme vend un parfum avec un décolleté ? Enfin voilà, quel est le lien entre les deux ? C’est très difficile parce que comme le principal du sein c’est un attribut sexuel, du coup on va vite faire des raccourcis, ça donne des réflexions dégueulasses sur ce qu’une femme peut être en train de faire avec son enfant, lorsqu’elle est en train de le NOURRIR simplement. Et tant que l’on n’aura pas remis le sein (parce qu’on peut le garder comme attribut sexuel)… Mais il ne faut pas oublier le rôle premier des seins. Et on a un peu oublié la biologie en fait. C’est un peu compliqué. L’homme s’est proclamé comme espèce suprême et du coup on a un peu oublié la base de tout ça [rires].

20:40 CÉDRIC : Oui, la base. Tu verras que ça résonne beaucoup avec d’autres parties de ce dossier sur l’allaitement. Il y a un point qui m’a interpellé dans ce que tu viens de dire : « les choses dégueulasses ». Moi j’ai vu et entendu des choses un peu spéciales. Alors nous on a une petite fille, bizarrement, ce n’est pas le même rapport. Mais j’ai vu ou entendu sur les réseaux, même en « vrai », des mamans en allaitement non écourté, avec des petits garçons ou des bambins, et il y a des propos qui tournent presque autour de considérations incestueuses.

21:22 MATHILDE : Totalement. Les gens pensent que comme le sein c’est pour le sexe, du coup quand une maman allaite, elle prend du plaisir. Il y a vraiment un truc hyper sexuel sur le sein, ça ne peut forcément qu’éveiller du plaisir. C’est incroyable. C’est finalement, quand on y pense, une fonction normale d’allaiter. C’est comme dire qu’à chaque fois que tu prends ta douche et que tu te laves et que tu te touches, eh bien tu prends du plaisir. Ça ne viendrait à l’esprit de personne de dire ça. Eh bien là non, elle « se fait » téter le sein donc forcément elle doit prendre du plaisir. Il y a ce truc de la femme qui prend du plaisir, c’est un truc hyper masculinite.

22:14 CÉDRIC : Ça, c’est un autre tabou oui. Et en effet, ça montre aussi qu’il y a une vraie méconnaissance de l’anatomie et de la façon d’avoir du plaisir pour une femme. C’est un autre sujet que l’on traitera peut-être [rires]. Il y a de très bons comptes concernant ce sujet bien spécifique, et ça montre à quel point il y a une méconnaissance aussi de ce sujet-là. Et globalement une méconnaissance sur le corps de la femme, dans sa globalité. Il n’y a qu’à voir dans les manuels scolaires, puisque tu es de la partie, comment sont décrits, déjà la sexualité, puis le corps de l’homme et de la femme.

22:57 MATHILDE : Oui, ça change, ça commence à changer. Mais voilà, on voit bien quand on aborde ça (j’ai pu le voir avec des collègues qui abordent ça), qu’à l’adolescence les enfants ne savent pas comment ça marche. Donc c’est problématique et forcément en découlent des problèmes après. C’est le problème du jugement, là, quand tu es adulte. Si tu ne sais pas à 14 ans par exemple, nommer un appareil génital masculin et féminin, parce que c’est tabou, mais quand même ultra montré, tout est hyper sexualisé, ils ont accès à ça, mais ils ne savent pas, on ne leur dit pas. Donc après, tout ce qu’ils ont comme vision c’est « seins = sexe ». Et puis voilà. Mais ça commence plus tôt, effectivement, si dès l’école ou même à la maison on peut parler de ça librement, s’il n’y avait plus cette sur sexualisation de la société, je pense que cela serait plus facile d’aborder ça ensuite. C’est mon avis, hein.

24:06 CÉDRIC : Et d’ailleurs, s’il y avait plus de mamans allaitantes, si ça rentrait davantage dans la « norme », eh bien forcément ça choquerait moins. Et pour le coup, ça pourrait peut-être interpeller les gens sur la raison qui pousse à mettre une paire de seins qui est initialement faite pour l’allaitement, à côté d’un parfum. On va arriver au bout de cette interview bientôt. J’ai une dernière question parce que c’est important, il y a des parents qui sont là et qui nous écoutent, il y a aussi des parents en devenir qui se posent sûrement des questions. Qu’est-ce que tu aurais, toi, envie de leur dire, à ceux qui réfléchissent sur l’allaitement ?

24:43 MATHILDE : Moi je leur dirais avant de tout de s’informer. On ignore trop de choses quand on ne s’y est pas penchés. Les expériences des unes et des autres, c’est bien, mais elles ne constituent pas toujours des informations qui sont vraies. C’est à prendre, car chacun fait sa tambouille aussi, tous les enfants sont différents, et tous les allaitements le sont aussi. Chacun fait ses choix, et ça marche ou ça ne marche pas, mais il faut vraiment s’informer avec des informations qui sont vraies, qui sont vérifiées, qui sont biologiques. Après, du coup, avec ce que l’on sait, il faut faire des choix, je pense, qui soient éclairés par ces informations-là. Pour pouvoir être en accord avec son choix. C’est important, en fait, de faire des choix qui sont éclairés pour être le plus serein possible. Surtout lorsque l’on devient parents. Parce que l’on doute tellement, surtout quand c’est la première fois, on regrette tellement de choses, parce qu’on a tout à apprendre. Donc plus on sait, moins on doute, et plus on fait des choix en connaissance de cause. Je ne suis pas en train de dire que si tu hésites tu dois prendre tout ça et allaiter. On peut apprendre plein de choses concernant l’allaitement et se dire que non, on ne veut pas allaiter. Mais au moins, on est serein avec ce que l’on a fait. Et ça c’est hyper important, parce que l’on ne va pas dire après « Tu me fais culpabiliser », non, tu es serein avec tes choix donc c’est cool. Et avec tout cela, je dirais de se faire confiance, et de croire en ses décisions, se dire que l’on a choisi ça et c’est comme ça. Et puis eh bien, si l’on a des regrets, ce n’est pas grave. On fait ce que l’on peut avec ce que l’on a à un moment donné. Et enfin, de faire confiance à son bébé, je dirais que lui tout ce qu’il veut c’est du lait humain, de base, donc ça va le faire, même si l’on s’inquiète, même si l’on a peur. C’est normal, mais avec de l’information et de la confiance, ça va le faire, même si c’est parfois galère. Il y a toujours une solution pour faire fonctionner un allaitement, de toute façon.

26:33 CÉDRIC : Exactement. Tu rejoins la position que moi je défends, en tout cas c’est mon point de vue. On sait aujourd’hui que l’allaitement est biologiquement meilleur pour l’enfant, on peut se permettre de le dire. Après, ça reste le choix de chacun.e de le faire ou de ne pas le faire. Le plus important c’est que le choix soit fait de manière éclairée. Et ça, c’est important.

Merci beaucoup, Mathilde.

27:01 MATHILDE : C’était avec grand plaisir.

27:03 CÉDRIC : Je te souhaite une bonne journée !

27:04 MATHILDE : Excellente journée à toi aussi, à bientôt.

27:06 CÉDRIC : Je vous remercie de m’avoir écouté, je vous invite à vous abonner, et nous pouvons aussi nous retrouver sur Facebook, Instagram et sur le blog Papatriarcat.fr. À bientôt.

[Chanson « J’ai tété » de Mathilde]

GÉNÉRIQUE

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