Des VEO aux VPO : la quête de sens professionnelle

Dans l’épisode deux du podcast, j’évoque le lien entre les Violences Éducatives Ordinaires et le monde professionnel. Vous avez surement déjà vécu une situation au travail où vous avez senti différents leviers pour vous faire avancer : peur de la sanction, prime à l’objectif, mise en avant de vos échecs en réunion, mise en avant de vos réussites en réunion, recadrage violent… les exemples ne manquent pas.

L’ensemble de ces pratiques peuvent être appelées des Violences Professionnelles Ordinaires.

Sauf que maintenant vous êtes adulte… alors pourquoi subissez vous tout cela sans rien dire ? Pourquoi ce genre d’interaction vous semble être la vie normale en entreprise ? Tout simplement parce que c’est le modèle que vous connaissez : dominant/dominé. Cela permet aussi des politiques de management et de direction des ressources humaines à prix réduit.

N’en doutez pas, si vos managers sont bien formé·es, ils·elles ont parfaitement connaissance de leur rôle de référent·e dans votre sphère professionnelle. Ils·elles connaissent aussi les leviers pour vous faire avancer selon des profils pré établis qui font leurs preuves. La différence entre le management et la manipulation est que le premier est dans une relation gagnant/gagnant et le second dans une relation gagnant/perdant.

La pression du chiffre et du résultat ainsi qu’un système basé sur la vision à court terme provoque souvent chez les responsables bien intentionné·es des comportements tournés vers la manipulation plutôt que l’accompagnement de l’humain vers un épanouissement. C’est aussi de votre responsabilité de poser une exigence à votre responsable qui doit vous faire évoluer dans votre travail et votre épanouissement professionnel et non vous donner une suite d’objectifs chiffrés plus ou moins atteignables. Posez vous ces questions : quel est le sens de telle ou telle action ? De quoi suis-je fier dans ma journée professionnelle ? Comment je raconte ma journée de travail à ma famille et mon entourage ?

J’ai eu l’occasion de côtoyer des équipes qui n’avaient comme seul sens à leur travail d’attendre le retour, positif ou négatif, de leur responsable. Incapables de prendre du recul sur les actions menées et de se satisfaire eux-même du travail accompli. Autant vous dire que lorsque vous arrivez avec des plans d’évolution à long terme et que vous parlez d’autonomie on vous regarde comme un extraterrestre. Et pourtant c’est possible… C’est long, c’est laborieux, mais c’est réalisable !

Comment en arrive-t-on là ?

Et bien c’est assez simple, en sortant tout droit d’une éducation VEO. L’ensemble des pratiques VEO a presque toujours une finalité : l’extinction ou la forte diminution de la conscience de soi. Que ce soit pour l’employé lambda ou pour le·la responsable, chacun n’est que le fruit du modèle vécu et observé. Ainsi l’employé·e attend qu’on le·la gronde ou qu’on le·la félicite, et le·la responsable pense devoir interagir uniquement pour valoriser ou corriger.

Dans les 2 cas, le sens du travail accompli n’apparaît pas. L’épanouissement n’est pas possible. C’est un héritage des VEO.

Le lien entre le retard qu’à pris la France sur l’abolition des VEO et le retard sur l’accompagnement professionnel, notamment les organisations horizontales saute aux yeux une fois qu’on a mit le doigt dessus. De là à penser que c’est justement pour avoir de bons travailleurs­·euses dociles et obéissant·es que la conscience de soi dérange il n’y a qu’un pas…

Pourquoi ce blog ?

Nous, les parents du 21e siècle, nous avons cette chance formidable d’avoir accès à un ensemble de connaissances que nous apportent les neurosciences ! Cela nous permet d’avoir une parentalité éclairée basée sur des faits et des convictions et non plus sur des certitudes d’un autre temps provenant, le plus souvent, de fantasmes de pouvoirs essentiellement masculins.

Quand on commence à s’intéresser au sujet en tant que parent (et père en l’occurrence), que l’on prend conscience des VEO (Violences Educatives Ordinaires), on s’aperçoit rapidement que tout notre amour et notre bienveillance trouve une limite sociale. Cette limite porte un nom : le patriarcat…

Comment apprendre à nos enfant l’empathie quand on explique aux garçons qu’ils ne doivent pas pleurer ?

Comment apprendre à nos filles à être fortes et indépendants tout en leur envoyant l’image qu’elles doivent être douces et sages ?

Comment apprendre à nos enfants à dire non quand chaque jour, des adultes envahissent leur intimité sans leur consentement ?

Comment apprendre à nos filles à se sentir en sécurité sans apprendre à nos garçons à ne pas être des prédateurs ?

Comment apprendre à nos enfants à respecter les autres, leur environnement et leurs émotions si nous ne commençons pas par respecter leurs droits fondamentaux ?

Comment apprendre à nos enfants à apprivoiser l’erreur et sa force d’apprentissage si nous cherchons à être parfaits en tout temps ?

Comment développer chez nos enfants la conscience de soi sans limite de genre, d’origine ou de croyance ?

Des questions comme celles-ci, il y en a par dizaines. C’est parce que je me les pose que j’ai décidé d’essayer d’échanger sur le sujet au travers d’un podcast et d’un blog.

Echanger avec les papas, qui comme moi, ont peut être ressenti cette contradiction entre un amour infini pour leur(s) enfant(s) et cette difficulté à l’exprimer, pris dans les injonctions de virilité du patriarcat.

Echanger avec ces mamans qui se posent les mêmes questions et qui n’ont peut-être pas conscience de ce qui se joue dans la tête de leur conjoint lorsqu’elles leur demandent de faire preuve de « l’autorité paternelle ».

Finalement, échanger avec celles et ceux qui ont compris ou qui sentent que quelque chose cloche dans nos modèles sociaux et familiaux. Il ne peut y avoir d’humanisme ni de démocratie si nous ne nous libérons du système patriarcal.

Et cette libération passera par la prise de conscience des parents d’aujourd’hui pour la liberté, l’égalité et l’adelphité de nos enfants, les adultes de demain.

Et c’est parti !

Voilà, nous sommes le 9 mars 2020 et je lance aujourd’hui ce blog pour partager des réflexions, du vécu, des observations sur la parentalité éclairée au 21e siècle et son intégration (ou pas) dans notre société patriarcale.

Nulle leçon ne sera donnée ici. Evidemment, j’exprimerai mon avis 🙂 Vous aurez aussi la possibilité de me contacter pour réagir, échanger et cela serait parfait pour nous aider à avancer ensemble !

C’est aussi le lancement du Podcast Papatriarcat qui est réalisé en complément de ce blog afin d’aborder des thématiques sur un format audio, plus accessible quand on est très occupé-e (donc parent…).

J’espère réussir à produire des contenus de qualité, ou du moins qui résonneront en vous pour éveiller cet enfant qui sait comment faire… cet enfant qui sait qu’il a les même droits humains que les adultes, cet enfant qui ne comprend pas pourquoi il faudrait traiter différemment une personne selon son sexe, son origine ou ses croyances… cet enfant qui finalement nous permet de nous reconnecter à nous même et aux autres.

Je vous souhaite une bonne lecture 🙂