REDIFF Partie 1 DOSSIER ALLAITEMENT – Allaitement et féminisme.

​​INTERVENANTS : CÉDRIC → Créateur de Papatriarcat

CÉDRIC : Bonjour chèr. es auditeurs/ices, merci d’être là, merci pour le soutien. N’hésitez pas à vous abonner, à laisser un commentaire ou à laisser 5 étoiles dès que c’est possible. Cela aide déjà beaucoup le projet. Vous pouvez aussi, si vous le souhaitez, faire un don dans le lien disponible en description du podcast. Pour toute demande d’accompagnement personnel, vous pouvez aussi maintenant me retrouver sur mon site internet : http://www.cedricrostein.com, que ce soit pour des séances individuelles, ou des ateliers en groupe. Le lien est en description du podcast. Merci, et à bientôt.

01:10 GÉNÉRIQUE

01:19 CÉDRIC : Bienvenue sur Papatriarcat, le podcast qui réfléchit à la parentalité au XXIe siècle pour l’affranchir du modèle patriarcal.

01:30 INTRODUCTION

CÉDRIC : Bienvenue dans le premier épisode de ce dossier consacré à l’allaitement. C’est un sujet hautement sensible, que j’ai essayé de traiter avec tous les gens qui m’ont épaulé pour le faire, et que je tiens d’ores et déjà à remercier. Concernant ce dossier, j’ai essayé de respecter plusieurs défis ; le premier défi c’est d’éviter la culpabilisation. La culpabilisation des gens qui font autrement, éviter le clivage « équipe biberon » contre « équipe sein ». L’idée c’est juste d’informer, de développer des connaissances qui ne sont pas forcément si accessibles que cela, de prime abord (et j’espère l’avoir réussi, ce premier défi). Je tiens juste à signaler qu’il est possible qu’à la fin de l’écoute de ce dossier, vous puissiez ressentir des regrets, ce sont les retours éventuels que j’ai pu avoir dans mes différentes discussions sur le sujet. Et écoutez, moi ce que je peux en dire c’est que si vous ressentez des regrets vis-à-vis de ce que vous avez pu faire, vis-à-vis de ce que vous êtes en train de faire, eh bien, ce n’est pas grave, vous avez fait de votre mieux, en tout cas avec amour, avec les connaissances que vous aviez à l’époque. L’important, c’est ce que vous allez pouvoir faire de ces connaissances à partir de maintenant. Peut-être que cela vous fera évoluer dans votre choix, peut-être pas. En tout cas, votre choix sera fait en conscience et de manière éclairée, et ça, c’est tout ce qui importe. Après, chacun.e fait ce qu’iel veut. L’autre défi que je m’étais fixé, c’était d’éviter de faire du « mansplaining » ou de la « mexplication » en français. C’est-à-dire, venir vous donner mon avis sur des éléments que je ne maîtrise pas, là où je ne suis pas compétent. C’est vraiment ce que je tiens, en tant qu’homme féministe, allié féministe, à éviter. Donc là, cela sera à vous de me dire si c’est bon, pour m’aider dans ce défi-là. Il y aura différentes interviews, différents entretiens, et je vais appuyer mes propos, notamment dans cette partie, sur des articles écrits par des femmes. Donc je vais essayer de relier les paroles. Ce que je vous donnerai, c’est mon avis à moi, le fruit de ma réflexion en fait, vis-à-vis des éléments que j’ai pu écouter et lire, observer, et sur lesquels j’ai pu échanger. Après, vous le partagerez ou ne le partagerez pas, le débat sera ouvert avec grand plaisir.

Je peux vous dire aussi ce que vous ne trouverez pas dans ce dossier. Vous ne trouverez pas de conseils de méthodologie pour mener un allaitement, là, tout de suite, de manière physiologique et biologique. Il y a des gens qui font cela très très bien, et qui sont extrêmement compétents sur le sujet, ce que je ne suis pas. Ce sont les consultantes en lactation, IBCLC. Alors, plusieurs sont citées, plusieurs sources sont citées, notamment dans l’épisode d’interview de Fred, qui sera dans la partie 3 de ce dossier. Moi, les seules dont je peux vous parler ce sont les personnes qui travaillent en proximité avec ma compagne, donc je parle de consultantes IBCLC que sont Audrey Richardson et Lynda Pourchet, et aussi une chiropractrice qui est spécialiste notamment sur ces sujets de tensions chez les enfants, les bébés, qui s’appelle Caroline Dubois. Pour vous accompagner aussi sur des sujets comme ceux-là, techniques, de méthodologie, d’échanges aussi de gens qui pourront vous accompagner sur ces sujets-là ; l’association Leche League et l’association L’Or blanc peuvent vous proposer des accompagnements via des marraines, des sources d’informations qui sont très très bien faites à mon sens, et en tout cas très fournies. Donc on va se parler d’allaitement sans parler de méthodologie. De quoi va-t-on se parler exactement ?

Dans cette partie 1, je vais revenir sur l’allaitement, dans sa définition par l’OMS et de la façon dont elle peut être interprétée. Du rôle que peut avoir l’allaitement dans le féminisme aujourd’hui, de comment est-ce qu’il peut être perçu ou plutôt de l’interaction entre les deux. Et ensuite, dans la partie 2, je vais interviewer Ingrid Bayot, qui est une femme d’une grande pertinence sur le sujet. Je vous laisse la découvrir, si vous ne la connaissez pas. Ensuite, j’interviewerai dans la partie 3, Fred du compte @vieuxmachinbidule qui est donc ce que l’on appelle un « papallaitant », je vous laisse aussi découvrir son témoignage. Et je terminerai par l’interview de Mathilde, que vous connaissez sous le nom de @Laurelbang, et qui, pareil, nous apportera son témoignage de maman pratiquant l’allaitement non écourté ou longue durée, selon la sémantique que l’on souhaite utiliser. Voilà, ça c’était la présentation de ce dossier, j’espère sincèrement que cela va vous plaire, ce sera à vous de me dire si les défis sont relevés. Petite information également, pour des raisons techniques, la qualité de son n’est pas forcément la même entre chaque épisode, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Je vo​​us souhaite une très bonne écoute.

Pour commencer mon propos, je voudrais vous lire la définition de l’allaitement donnée sur le site de l’OMS : « L’allaitement est le moyen idéal d’apporter aux nourrissons tous les nutriments dont ils ont besoin pour grandir et se développer en bonne santé. Pratiquement toutes les mères peuvent allaiter, si elles ont des informations précises et le soutien de leur famille, comme du système de soins. » Là je vais sauter un petit passage qui traite du colostrum que je vous invite à lire, mais il ne s’agit pas du sujet ici. Donc cela se termine par la phrase : « L’allaitement exclusif au sein est recommandé jusqu’à l’âge de 6 mois. De 6 mois à 2 ans, voire plus, l’allaitement doit être complété par une autre alimentation. » Alors je voudrais m’arrêter déjà sur cette dernière phrase, parce que souvent, vous entendez « Allaiter 6 mois, c’est bien », « Il faut allaiter 6 mois ». Même des professionnels de santé, des médecins peuvent vous dire « Non non, mais la durée recommandée de l’allaitement, c’est 6 mois ». Et le seul souci, c’est que l’on oublie un mot important dans cette phrase, c’est le mot « exclusif ». La recommandation de l’OMS, c’est que les enfants doivent être en allaitement exclusif pendant 6 mois. Et ensuite, passés 6 mois, on peut commencer à introduire la diversification, selon la méthode que vous préférez, mais cela ne veut pas dire que l’on arrête l’allaitement. Ils écrivent bien que l’allaitement est recommandé jusqu’à 2 ans et plus. Donc je voulais juste faire cette petite précision parce que cette erreur d’interprétation dans différents circuits de soins, et de la part de différentes personnes, fait que, pour le coup, on pense que l’allaitement, c’est juste 6 mois. Qu’un allaitement long, c’est 6 mois. C’est quelque chose qui est quand même bien ancré, et en fait, ce n’est pas le propos de l’OMS, ce n’est pas sa recommandation, on parle bien d’allaitement exclusif. Dans cette première partie, l’OMS fait une description de l’allaitement qui est basée sur la description nutritive, uniquement nutritive. Évidemment, ils ont raison, il n’y a pas de meilleurs nutriments, ce sont eux qui le disent, ils ont les études derrière, ils ont les spécialistes pour, ils ont une vue mondiale sur le sujet pour en parler. La seule chose que moi, je pourrais regretter dans cette première partie, c’est qu’on ne parle justement que de la nutrition. C’est-à-dire qu’un nourrisson n’est pas simplement, comme le dit Ingrid Bayot, « un estomac à géométrie variable doté d’alarme et de systèmes d’évacuation ». Il est bien d’autres choses, et l’allaitement joue bien sûr bien d’autres rôles sur le sujet. Alors pour vous permettre de découvrir tous les rôles qu’il peut jouer, j’ai quelques sources à vous proposer.

Le premier documentaire que j’ai regardé sur le sujet qui m’a vraiment émerveillé s’appelle « La Voie lactée » chez Jupiter Films, et vous allez pouvoir voir, apprendre, si vous ne le savez pas déjà, différentes choses sur l’allaitement, notamment tous ses apports en termes de besoins relationnels de l’enfant, tous ses apports également en termes de construction du système nerveux. Il favorise la construction neuronale, c’est démontré. Chose que ne fait pas le lait infantile. Je vais vous citer un élément qui m’a émerveillé : c’est comment, via l’allaitement, le système immunitaire de l’enfant peut être protégé. En fait, si le nourrisson rencontre un virus, un microbe qu’il ne connaît pas, dans sa salive via le téton, il va pouvoir passer le message au corps de la mère, « Tiens, j’ai rencontré tel truc, je ne connais pas cet organisme, est-ce que tu peux me faire des anticorps », et le corps, 20 min après, va être capable d’avoir produit des anticorps et va les injecter dans le lait. Et moi je trouve cela incroyable, je trouve ces mécaniques incroyables. Évidemment, cela démontre une fois de plus aussi l’utilité du lait maternel, je vous laisse prendre le soin de regarder ce documentaire, vraiment, je vous le conseille. Il est juste génial. Cela se passe aux États-Unis, donc ce n’est pas encore exactement comme en France, mais il y a beaucoup de points communs, notamment en termes de mentalité, puisque nous sommes deux cultures occidentales très fortes. Et on va aussi retrouver un autre point commun qui est le sujet sur l’économie. Alors là, je sais ce que vous pouvez penser : « Cédric, on te voit venir, tu vas nous dire que les méchants industriels profitent de la manne, nous vendent de fausses informations, etc. ». Eh bien… oui, en fait. Oui, en fait, c’est ça [rires], c’est totalement ça. Il y a des études qui sont financées par des groupes qui produisent des laits infantiles, et qui sont fausses, qui sont juste fausses, ou en tout cas biaisées, et réalisées de manière très très… on va dire pragmatiques, pour le commerce. Et je vais juste laisser parler les chiffres. Dans le livre « Fille-garçon même éducation », il y a un passage sur l’allaitement qui est d’ailleurs aussi très très sympa, puisque c’est un chapitre, c’est relativement court, mais c’est très bien construit. Et il y a un chiffre qui est vraiment très très intéressant : en 1987, le chiffre d’affaires mondial du lait infantile est de 2 milliards de dollars. Et en 2017, eh bien, il est passé à 40 milliards de dollars. Alors, permettez-moi de penser que, lorsqu’on multiplie par 20 son chiffre d’affaires sur le sujet, il y a sûrement eu des actions qui ont été menées pour réussir à faire du placement commercial. Et il suffit de regarder la facilité avec laquelle on peut trouver ce type de lait et avec quelle facilité on peut nous le proposer. Donc oui, il y a une influence financière, de ces lobbies. Et il ne faut pas le nier, il faut le savoir, il faut en avoir conscience. Après, cela doit rester un choix. Un choix éclairé, il faut juste quand même faire attention à bien choisir ses sources, c’est important.

Nous verrons aussi avec Ingrid Bayot que cette espèce de marginalisation de l’allaitement n’est pas simplement induite par les méchants industriels qui veulent nous vendre du lait pour s’en mettre plein les poches, non, non. C’est une évolution culturelle qui trouve ses sources. Je vous laisserai le découvrir dans l’épisode avec Ingrid Bayot, qui est très instructif. Et d’ailleurs je vous conseille aussi de lire son livre « Le 4e trimestre de la grossesse », il y a toute une partie qui traite justement de l’évolution de la maternité dans le temps depuis le néolithique avec beaucoup de détails et beaucoup de pertinence. Elle va vous présenter ça avec des mots qui ne sont pas du tout mâchés. Elle dit les choses très franchement, très clairement, c’est un livre qui fait beaucoup de bien. Et dans la deuxième partie on a donc ce traitement du fameux 4e trimestre de grossesse, où il y a en effet plein d’informations très pratiques, notamment sur l’allaitement, et je vous conseille vraiment de le lire. Et dernière source que je vous conseille de découvrir, c’est le « Manuel très illustré d’allaitement » de Caroline Guillot. Je le trouve très bien construit, accessible, assez complet. Donc je vous recommande aussi de le lire, cela va vraiment vous permettre d’avancer sur le sujet. Alors évidemment, cela s’adresse aussi aux parents en devenir, je vous conseille très très très vivement de vous renseigner sur le sujet. Un vrai vrai gros sujet. Et je vous invite donc à prendre toutes les sources nécessaires, et à ne pas vous limiter au seul système de santé, parce que là, concrètement c’est coup de bol ou pas de coup de bol sur le sujet. Encore une fois, l’idée c’est que vous puissiez faire votre choix en conscience. Et là vous pouvez me dire « Oui enfin là Cédric, moi je suis féministe, engagée et ce n’est pas du tout ce que j’ai entendu. » Et là nous allons donc pouvoir parler du féminisme et de l’allaitement. Le féminisme et l’allaitement, c’est une histoire compliquée. En tout cas dans l’histoire française. Je vais me baser sur un article de Claude Didierjean-Jouveau (je vous mettrai le lien bien sûr en descriptif du podcast comme d’habitude), qui a bien étudié la question et qui l’a bien résumée. En fait, nous avons dans le féminisme, au cours de ces dernières décennies, deux grands courants qui se distinguent : vous pourrez voir dans cet article, deux citations de deux grandes féministes européennes. La première est de Marie Béquet de Vienne qui parle du lait de sa mère, auquel l’enfant a droit et qui a elle-même fondé en 1876 l’Oeuvre de l’allaitement maternel et des refuges-ouvroirs destinés aux femmes enceintes en détresse. Et une autre citation de Simone de Beauvoir qui est « L’allaitement est une servitude épuisante, c’est au détriment de sa propre vigueur que la nourrice alimente le nouveau-né ».

Donc là, on a deux courants qui se distinguent. Nous avons dans un premier cas, un courant qui s’appelle le courant différentialiste ou essentialiste, qui prône l’allaitement et la maternité comme le pouvoir du corps de la femme, et d’un autre côté nous avons le courant égalitariste qui va vraiment mettre les hommes et les femmes au même niveau. « Il n’y a pas de différences, nous pouvons faire de la même manière ». Alors à titre personnel, je respecte le travail de Simone de Beauvoir sur la cause féministe, sans aucun problème, elle a apporté beaucoup de choses. Mais je me rapproche quand même plus du premier courant, tout simplement parce qu’à titre personnel, le féminisme ce n’est pas une question de dire « Les hommes et les femmes, c’est pareil. » Ce n’est pas ça le débat, pour moi. Les hommes et les femmes sont différents, mais nous devons avoir les mêmes droits. Sur tous les plans de la société, nous devons avoir les mêmes droits. Une fois que ça, c’est acquis, évidemment, il y a des différences, notamment au niveau de la maternité, et le mieux c’est de les accepter. Et en effet, pour l’avoir constaté, pour avoir échangé, je trouve ça merveilleux de voir des femmes s’épanouir dans leur allaitement, dans leur maternité. Après nous sommes bien d’accord qu’en terme sociétal, en termes de réaction de la société, en termes de charge mentale, il ne faut pas que cela soit un travail gratuit supplémentaire. Et c’est là-dessus que l’on doit travailler. Pour moi, le débat ne porte pas sur l’allaitement en lui-même, nous connaissons ses bienfaits. Le choix de l’allaitement, bien sûr, doit rester celui de la mère, celui du père, celui des parents. Maintenant, une femme qui choisit d’allaiter doit pouvoir avoir le bon contexte pour le faire, le bon contexte de société pour le faire, le bon contexte d’aménagement sociétal pour le faire et le bon accompagnement aussi. Vous pourrez lire dans ce très bon article d’ailleurs une petite histoire du féminisme français, justement sur ce sujet. Moi j’ai appris notamment que l’État, avec ses qualités et ses défauts de l’époque ou d’aujourd’hui, comme on veut, rémunérait à un moment les femmes qui choisissaient d’allaiter. Et là on tient peut-être une piste.

Je vais vous donner ma position sur le sujet pour finir là-dessus. Alors, cela va se mélanger avec un autre sujet que l’on traitera plus tard qui est l’histoire du congé parental. Mon point de vue, c’est que la première chose qu’il faut respecter, c’est le choix. Le choix de manière éclairée. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous avons une surexposition du lait infantile par rapport à l’allaitement et aux moyens donnés à l’allaitement, et ça, c’est un problème. Après, désolé de le dire, nous sommes dans une société de consommation. Le lait infantile, ça ramène du pognon, et malheureusement certaines personnes n’y voient que cela. Ensuite, il faut sortir de cette vision de l’allaitement qui est uniquement une question de nutrition, c’est démontré, c’est prouvé. Je vous invite à lire des études sur le sujet, je peux éventuellement aussi donner des sources supplémentaires. Mais il n’y a pas de débat en fait là-dessus. L’allaitement amène vraiment d’autres éléments aux nourrissons que le simple fait de le nourrir. Et le père a un rôle à jouer là-dedans, nous le verrons, que cela soit avec Fred dans la partie 3 ou avec Ingrid Bayot dans la partie 2. Et vous verrez que, pour la plupart des personnes qui pratiquent l’allaitement de façon non écourtée, c’est un choix logique et naturel et elles le vivent très très bien et justement, cela peut éveiller ce pouvoir du corps de la femme, cette satisfaction de subvenir aux besoins naturels de son enfant. Et je le répète, ce n’est pas qu’un sujet de femmes. C’est un sujet du couple, et même au-delà, c’est un sujet de société. Et ça, c’est important. C’est pour ça que je pense que si l’on devait faire évoluer le congé paternité ou maternité, eh il faut le faire évoluer dans un sens où, en effet, l’homme et la femme auraient le même temps de congés. Que l’on arrête de parler de congé maternité, qui est quand même très mal perçu dans le milieu professionnel, que l’on parle de congé de parentalité. Que pour la mère, il démarre toujours 6 semaines avant la date du terme bien sûr, et qu’il dure jusqu’à 6 mois, après le terme. Tout simplement parce que la recommandation de l’OMS et d’autres organismes c’est bien sûr l’allaitement exclusif pendant 6 mois. Donc ça, ça permettrait déjà d’avoir un premier allaitement qui se passe dans de bonnes conditions de présence de la mère. Et le congé de parentalité pour le père serait de la même durée que celui de la mère, éventuellement décalé. Par exemple, on pourrait très bien avoir un congé de parentalité pour le père qui commence 2 semaines avant la date du terme, et pour le coup, ça le décale de 4 semaines après que la mère a repris éventuellement son activité professionnelle, si elle le désire. Et ça permet aussi de continuer de l’épauler pendant 4 semaines, d’avoir un temps d’adaptation avec quelqu’un à la maison qui peut gérer les charges mentales et permettre un meilleur équilibre. Ça, le congé parentalité, le congé parental, c’est un vrai sujet qui sera sûrement traité à part, mais ça me semble être une bonne piste et bien sûr ça permet derrière de ne pas avoir ce ressenti de faire les choses différemment, des réflexions qui pourraient éventuellement survenir. Il faut informer. Mathilde le dit très bien dans l’épisode 4, il faut vraiment informer. Prendre le temps d’informer. Aujourd’hui, nous ne savons pas. Il y a du savoir qui s’est perdu sur le sujet, et on veut tous le meilleur pour nos enfants. Encore une fois, moi je ne juge pas le choix que vous ferez entre le biberon ou l’allaitement, c’est votre choix. Maintenant, il faut qu’il soit fait de manière éclairée, si une fois qu’il est fait de manière éclairée vous choisissez de ne pas pratiquer l’allaitement, et de faire avec le biberon, très bien, c’est super. Faites-vous quand même bien accompagner et n’oubliez pas non plus, quoi qu’il arrive, que les conseils qui vont suivre concernant les parents qui pratiquent l’allaitement s’appliquent aussi à vous. Parce que, quel que soit le moyen d’amener du lait, il y a quand même des choses qui sont essentielles et qui vont à côté, dans l’accompagnement de l’enfant, mais aussi dans l’accompagnement des parents. Pour résumer, soyez en proximité avec votre enfant, et prenez soin de vous. Prenez le temps de prendre soin de vous. Si vous ne prenez pas soin de vous, vous aurez du mal à prendre soin de votre enfant. Enfin moi j’ai découvert que c’est la base de nos origines, en fait, d’élever un enfant à plusieurs. Aucun parent ne devrait avoir à rester seul avec son enfant sans parler à un adulte ne serait-ce qu’une journée. Et donc c’est là-dessus aussi qu’il faut que l’on travaille de manière sociétaire. Et ça ne concerne pas que la France. Il y a une étude qui a été réalisée qui indique notamment que grâce à l’allaitement, une économie pour le système de santé d’au moins 2,45 milliards de dollars aux États-Unis, de 29,5 millions au Royaume-Uni, de 223 millions en Chine, et 6 millions au Brésil, serait réalisable.

Les chercheurs ont par ailleurs calculé qu’en portant à 90 % le taux d’allaitement exclusif jusqu’à 6 mois dans ces mêmes pays, cela permettrait de diminuer les coûts de traitements des maladies infantiles courantes telles que la pneumonie, la diarrhée ou l’asthme. Cela permettrait de trouver, en partie en tout cas, des financements, des solutions en ce qui concerne le congé parentalité, que j’ai évoqué juste avant. Donc de permettre d’avoir de l’argent qui rentre dans le bénéfice de la communauté, au lieu qu’il parte dans des intérêts privés. Un autre point important, sociétal, qui pourrait évoluer grâce à l’allaitement (on parlait des intérêts privés) : on voit toutes et tous dans la publicité, comment le corps des femmes est sexualisé, en permanence. Utilisé en permanence. C’est quand même assez dingue. Il n’y a pas longtemps j’ai vu une pub pour un vélo où l’on arrivait à mettre une femme nue dessus, en pleine nature. Visiblement, le corps de la femme nue c’est pour permettre de se reconnecter à la nature. Non en fait, c’est juste que mettre une femme nue sur une affiche, ça va attirer l’œil lubrique et c’est vachement plus rentable, en fait, niveau publicité. Eh bien, justement, ça va avec l’allaitement, selon moi. Si on enlève cette vision hyper sexualisée du sein de la femme que l’on peut avoir (je ne dis pas que l’on ne peut pas jouer avec, je dis juste que l’on peut avoir une autre vision), si l’allaitement était vraiment répandu au niveau sociétal, peut-être aurions-nous une autre vision. Ce que je veux dire c’est qu’aujourd’hui, il y a plusieurs sujets ; il y a cette appropriation du corps de la femme, par la société, en l’occurrence par la société patriarcale, avec une vision qui est toujours biaisée sexualité. Je lisais il n’y a pas longtemps sur les réseaux « Ce n’est pas moi qui suis habillée comme une pute, c’est toi qui me regardes comme un violeur ». Mais ça marche aussi avec l’allaitement, en fait. Ce que fait la mère en allaitant son enfant et en sortant son sein pour le nourrir, ça n’a rien de pervers, ça n’a rien d’incestueux. Le problème est dans l’œil de celui ou celle qui regarde. Ça, il faut en avoir conscience, ce sont nos constructions sociales qui font que nous percevons cela comme quelque chose de négatif, pervers, qui renvoie une image totalement biaisée. Mais, on ne peut pas s’en vouloir, c’est aussi ce que l’on nous a appris, donc il faut que l’on arrive à déconstruire cela, et surtout que l’on arrive à ramener dans la société cette vision de l’allaitement comme quelque chose de sain, de naturel, de totalement normal, de le faire revenir dans la norme, en fait. Ça se fait dans d’autres pays, donc c’est tout à fait possible. Et ça, il y a aussi des féministes qui le disent. Dans l’article que je vous ai cité précédemment, il y a justement des éléments cités venant d’une féministe qui s’appelle Penny Van Esterik qui est une Américaine féministe et militante de l’allaitement. Pour elle, les groupes féministes devraient intégrer l’allaitement dans leur lutte pour plusieurs raisons : « L’allaitement suppose des changements sociaux structurels, qui ne pourraient qu’améliorer la condition des femmes, l’allaitement affirme le pouvoir de contrôle de la femme sur son propre corps et met en question le pouvoir médical, l’allaitement met en cause le modèle dominant de la femme comme consommatrice, l’allaitement s’oppose à la vision du sein comme étant d’abord un objet sexuel, l’allaitement exige une nouvelle définition du travail des femmes, définition qui prend en compte de façon plus réaliste à la fois leur activité productive et leur activité reproductive. Et l’allaitement encourage la solidarité et la coopération entre femmes, que ce soit au niveau du foyer, du quartier, au niveau national et international. » Et je me permettrais de rajouter que ça peut aussi permettre une meilleure coopération adelphe entre femmes et hommes. Bon, ça, c’était mon message un peu engagé quand même [rires] sur le sujet.

Je vous remercie d’avoir écouté ce point de vue. Il reste encore 3 parties à ce dossier, j’ai pris beaucoup de plaisir à les réaliser, je tiens vraiment à remercier tous les intervenants qui m’ont apporté de leur temps, de leur énergie et surtout de leur expérience, et je vous souhaite une très bonne écoute pour la suite de ce dossier.

CÉDRIC : Je vous remercie de m’avoir écouté, je vous invite à vous abonner, et nous pouvons aussi nous retrouver sur Facebook, Instagram et sur le blog Papatriarcat.fr. À bientôt.

GÉNÉRIQUE​ ​​

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